Tengu - Graham Masterton

Publié le par Lester

 

 

 

 

« Beaucoup d'ennemis, beaucoup d'honneur » Proverbe allemand.

 

 

 

Si, comme le dit le proverbe, on mesure la puissance et la valeur d'un homme au nombre de ses détracteurs, alors Graham Masterton est un grand auteur. C'est en parcourant quelques critiques assassines sur le « Tengu » de l'écrivain écossais que cette réflexion m'est venue à l'esprit. « Littérature de gare », « auteur commercial » (un reproche récurrent provenant d'auto-édités ne rêvant que de vendre leurs œuvres !) « intrigue simpliste », voici quelques-unes des remarques relevées sur certains blogs. Et suivent toujours les comparaisons avec d'autres écrivains du même domaine, souvent les mêmes, Barker et King. Comparaisons, bien sûr, d'où Masterton ne ressort pas grandi.

 

À ma honte, je suis obligé d'avouer que le peu que j'ai lu de Clive Barker ne m'a pas enthousiasmé, malgré un style certain ; et que je ne peux plus lire de Stephen King, sans doute à cause de l'obésité de ses dernières productions. En revanche, je suis toujours assuré, avec un roman de Graham Masterton, de passer un bon moment. Car, même si certaines de ses intrigues peuvent paraître mal fichues, si quelques-unes de ses conclusions se révèlent bâclées et convenues (« Rituel de Chair » en est le plus bel exemple) je persiste à trouver dans les œuvres de Masterton un sens de l'action et du rythme, un culot, une irrévérence malicieuse qui me réjouissent à chaque fois, et qui m'incitent à fermer les yeux sur les défauts rencontrés. Ajoutez à cela un humour parfois ravageur, et une maîtrise des scènes explicites (qu'elles concernent le sexe ou le gore) et vous obtenez un réel écrivain populaire, qui ne se sert pas de ses textes pour asséner des vérités à la mode en forme de poncifs bien-pensants.

 

C'est pourquoi « Tengu » fait partie de ces romans que j'ai plaisir à relire. Son intrigue, comme souvent chez cet auteur, s'avère simple, à la base : un groupe de Japonais, enfants irradiés victimes des bombardements d'Hiroshima, veulent se venger des U,S,A, en ressuscitant un programme militaire top-secret qui fait appel aux anciens démons de la mythologie nipponne. Pour parvenir à leurs fins, les vilains rancuniers recrutent une équipe de personnages vénaux et amoraux, bien loin de se douter de l'ampleur des représailles souhaitées par les « Colombes brûlées ». Présenté ainsi, on se croirait presque dans un « Fleuve Noir Angoisse », à l'époque des pires exploits de Madame Atomos !

 

Pourtant, grâce à son talent de conteur, Masterton parvient à nous faire avaler des péripéties nombreuses et sanglantes, parfois à la limite du vraisemblable. Le premier chapitre est un exemple parfait de l'habileté de l'auteur, et certaines pages réussissent à créer un véritable climat de malaise fantastique, tout en gardant un rythme soutenu digne des meilleurs films d'action. Mais ici, contrairement aux pellicules hollywoodiennes, l'histoire se termine mal, très mal, et j'ai aimé l'ironie grinçante de la conclusion catastrophique de ce roman atypique.

 

J'apprécie aussi le fait que ce livre ne présente pas de héros au sens propre du terme, tout au plus des personnages animés par des motivations égoïstes et vulgaires. Si vous êtes amateurs de flics patriotes et dévoués comme dans les romans de Dean Koontz, passez votre chemin ! Si vous aimez suivre sur des centaines de pages les réflexions désabusées d'un écrivain à succès dépressif, comme chez King, fuyez ! Mais si vous voulez assister à une action trépidante mettant en scène des salauds ordinaires confrontés aux plus atroces démons shintoïstes, plongez dans « Tengu », vous ne serez pas déçus !

 

Commenter cet article

C
J'ai déjà croisé cet auteur en bouquinerie, du coup tu me tentes à le découvrir.<br /> Merci pour le partage de cette chronique ! à bientôt.
Répondre
C
Nous pouvons te conseiller également "Rituel de chair" du même auteur. C'est un roman marquant dans son oeuvre.
C
Merci je prends note de suite. <br /> Bon après-midi !
L
Merci d'avoir lu. Je pense que je reviendrai sur le "cas Masterton" un de ces jours. En attendant, découvre les "Manitou", les trois premiers tomes valent le détour dans les ténèbres...