Metro 2033 - Dmitry Glukhovsky

Publié le par Lester

 

 

 

 

 

Je ne courrai jamais le Paris-Roubaix, j'étais trop jeune pour être CRS en 68, mais les pavés me font peur ! Alors, pourquoi avoir acheté celui-ci sur une brocante, pour la considérable somme de 33,33 centimes ? Aucune idée, peut-être tout bêtement parce que la vendeuse proposait les trois bouquins pour un euro, et que j'avais déniché deux autres ouvrages qui m'intéressaient. J'ai choisi « Métro 2033 », et j'ai commencé à le lire peu de temps après, un peu effrayé par la perspective de m'envoyer les huit-cent-cinquante pages de ce roman post-apocalyptique, russe de surcroît !

 

Mon appréhension s'est révélée justifiée, mais comme je déteste renoncer, j'ai poursuivi ma lecture jusqu'au bout. Résumer l'intrigue est simple : la guerre mondiale est terminée, et on n'en saura pas davantage sur les circonstances de ce conflit qui a empoisonné la surface de la planète. À Moscou, les rares survivants se sont réfugiés dans le métro, où un semblant de civilisation s'est reconstitué avec peine. Des communautés variées se sont installées dans les stations, et survivent en cultivant des champignons et en élevant des porcs. Quelques stalkers remontent à la surface pour rapporter des épaves du monde d'avant, bardés de combinaisons et de Kalachnikovs. Leurs rapports ne sont guère enthousiasmants : Moscou est devenu un champ de ruines parcouru par des mutants pas gentils du tout, et le métro demeure le seul lieu viable.

 

C'est là que mon esprit critique a commencé à faire des siennes, et à se demander comment on pouvait produire un minimum d'électricité, ne serait-ce que pour renouveler l'air dans ce monde confiné, aussi clos que strophobe, si vous me passez le calembour... Et comme une question en amène une autre, je me suis aussi interrogé sur la valeur nutritive du champignon dit « de Paris », même quand il pousse dans les tunnels de Moscou. Car il en faut, du mycélium, pour nourrir un cochon, c'est un Breton qui vous le dit !

 

C'est donc avec une suspension d'incrédulité réduite que j'ai suivi les aventures du jeune héros, un adolescent semblant posséder des pouvoirs étranges et nommé Artyom, chargé d'une mission vitale à travers le labyrinthe du métro moscovite. En effet, une menace pèse sur les survivants : de mystérieux mutants, les « Noirs », envahissent les stations et Artyom doit avertir du danger les derniers savants réfugiés dans un endroit nommé « Polis ». Eux seuls pourront peut-être arrêter le fléau...

 

Nous y voilà : le schéma classique de nombreuses parutions récentes apparaît au bout d'une centaine de pages. Un « Élu », une mission, des sages capables de résoudre les problèmes. Ce plan devient alors le prétexte à une sorte de voyage initiatique dans les couloirs et les tunnels, où les étapes sont des stations aux noms imprononçables. Chaque fois, Artyom est confronté à des adversaires redoutables, qui, par crainte, stupidité ou idéologie tâcheront de lui faire passer le goût des champignons. Il croisera ainsi des néo-communistes, des néo-nazis, des anarchistes guévaristes, « la Hanse » (des ultra-libéraux pleins aux as) des cannibales inventeurs d'une nouvelle religion, et enfin un régime militaro-scientifique, son but ultime. Ce procédé un tantinet mécanique m'a fait penser aux romans d'apprentissage, prétextes à des dissertations sur divers régimes politiques. Ainsi, tels un nouveau Candide, ou un Lemuel Gulliver, Artyom est confronté à diverses méthodes d'organisation de la vie en société.

 

Lors de chacune de ces rencontres, ou presque, Artyom est menacé et finit en très mauvaise posture : on veut le pendre, le dévorer (avec des champignons?) bref, l'empêcher d'accomplir sa mission. Heureusement, Artyom est sauvé in extremis par des amis de hasard, et il peut repartir vers de nouvelles aventures et l'accomplissement de sa quête. Une fois que les personnages providentiels sont intervenus, ils disparaissent, parfois sans explication. Au long de ses aventures, notre jeune héros rencontrera presque uniquement des hommes. Ça m'a un peu manqué, car durant 850 pages, on ne croise aucun personnage féminin, hormis une ou deux silhouettes vites oubliées, qui ne contribuent pas du tout à faire avancer l'action. Au cours de ma lecture, j'ai souvent pensé que les intervenants créés pour sauver opportunément Atyom d'un mauvais pas ressemblaient aux « Personnages Non Joueurs » des jeux vidéos d'aventure. Et voilà qu'en fouinant, j'ai découvert que le roman avait en effet fait l'objet d'un jeu de tir ! À se demander si le roman n'a pas été écrit en pensant déjà à son passage sur les écrans de console, ce qui expliquerait son côté testostéroné et hérissé de Kalachnikov en tout genre.

 

Enfin, quand il ne se tire pas des griffes des boss de fin des stations de métro, Artyom se repose un peu, et c'est bien normal, après tout ce que son auteur lui fait subir. Mais surtout, il rêve. Les songes du jeune héros sont racontés par le détail, et nous fournissent des indices sur les dons d'Artyom, et sur la conclusion de son aventure. Le procédé pourrait s'avérer intéressant, s'il n'était pas utilisé de manière systématique, donc répétitive. Là où d'autres auteurs y seraient allés sur la pointe des pieds, Glukhovsky piétine avec des gros sabots (ou des Rangers cloutés, c'est plus seyant avec un AK-47 !)

 

En conclusion, « Métro 2033 » se révèle une lecture distrayante si on ferme les yeux sur certaines invraisemblances, mais à mon avis ce roman pourrait se voir allégé de quelques centaines de pages n'apportant rien au récit, et c'est dommage, car les révélations finales et la conclusion méritaient mieux. Avec un style moins bourrin et plus raffiné, en évitant quelques platitudes, on y aurait sûrement gagné un bon bouquin post-apocalyptique.

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C
Pour une fois, c'est un livre qui ne me tente pas.<br /> Bonne journée !
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