Sang pour sang, le réveil des vampires - Jean Marigny

Publié le par Zaroff

 

 

Le vampire est né de fantasmes liés au sang. La première trace tangible d'une croyance sur le symbolisme du liquide vital remonte à la préhistoire. Un vase découvert en Perse dont le motif représente un homme aux prises avec un monstre tentant de lui sucer le sang. La tradition de Lilitû, entité babylonienne, est multimillénaire. Le vampire, au sens strict du terme, est un produit de la civilisation européenne, notamment dans la Grèce antique et dans la tradition judéo-chrétienne.

Les stryges, lamies et empuses sont des divinités grecques d'apparence féminine qui sucent le sang de leurs victimes endormies. À l'ère chrétienne, elles deviendront les succubes. Lilith, démon féminin, aspirait le sang des nourrissons dans leur berceau. Lilith était issue d'un mythe assyro-babylonien et rattachée à la Genèse par une tradition rabbinique. C'est à partir du XIème siècle que commencent à se répandre des rumeurs relatives à des défunts dont le corps est retrouvé intact à l'extérieur de la tombe. C'est surtout au XIVème siècle que le vampirisme devient endémique, principalement en Prusse Orientale, en Silésie et en Bohême.

Le XIVème siècle est superstitieux. La peste a fortement favorisé la croyance aux vampires. La première manifestation vampiriste en France est associée au procès de Gilles de Rais en 1440, le plus grand tortionnaire d'enfants que l'Histoire ait connu (plus de trois cents enfants furent torturés).

Le héros national roumain, Vlad IV a contribué à libérer son pays des envahisseurs ottomans. Mais Vlad Tepes l'empaleur, voïvode  de Valachie fut surtout réputé pour sa cruauté légendaire. Il fera empaler des milliers de personnes pour son seul plaisir et mettait un point d'honneur à imaginer les pires tortures. Bram Stoker s'en inspirera, quatre siècles plus tard, pour créer le mythe fondateur : « Dracula ».

En 1484, l'Eglise (et son pape Innocent VIII) reconnaît officiellement les morts-vivants en approuvant la publication du « Malleus Maleficarum » de Jakob Sprenger et Heinrich Kramer.

On ne peut parler de vampirisme sans occulter le cas singulier de la comtesse Erzsébet Bathory (surnommée « La comtesse sanglante »). En 1600, après la mort de son mari le comte Ferencz Nadasdy, la comtesse trompe son ennui en s'initiant à la magie noire. Son serviteur Thorko enlèvera de nombreuses paysannes pour satisfaire les sanglants caprices de la châtelaine. Enchaînées dans les cachots du château, elles seront torturées et saignées à mort sur une période de dix ans. Le 30 décembre 1610, le comte Gyorgy Thurso (cousin d'Erzsébet) investit le château avec des soldats.

La comtesse sera gardée en captivité jusqu'à sa mort dans une chambre murée. Ses complices, dont la nourrice Ilona Joo, le majordome Johannes Ujvary et une sorcière nommée Darvula seront tous exécutés. Le château de Csejthe sera laissé à l'abandon. Les ruines serviront, très probablement, de modèle à Bram Stoker, du fait de murailles imposantes et d'un sinistre donjon, le tout sur un éperon rocheux qui domine le paysage. Le vampire légendaire est capable de se transformer en toutes sortes d'animaux, comme les araignées ou les papillons, mais aussi en brouillard ou en fétu de paille. Le cinéma lui ajoutera des crocs et des chauve-souris !

Le vampire entre dans la littérature en prose par une nouvelle intitulée « The Vampyre » de John William Polidori (1795-1821). Cette nouvelle est inspirée d'un récit inachevé de Lord Byron. Le vampire Darvell devient Lord Ruthven. Le conte sera publié en avril 1819 dans le New Monthly Magazine. Le premier chef-d’œuvre du genre est « La morte amoureuse » de Théophile Gautier. Charles Nodier reprendra le flambeau dans ses Contes ainsi qu'Alexandre Dumas qui écrit, à son tour, un « Vampire » en cinq actes et joué en 1851.

Le thème du vampire finit par lasser le public jusqu'en 1871 où « Carmilla » de Joseph Sheridan Le Fanu renoue avec le mythe et annonce le « Dracula » de Stoker. La première adaptation cinématographique est le cultissime « Nosferatu » de Friedrich Murnau dont la sortie en 1922 passe inaperçue. Le premier film parlant est le « Dracula » de Tod Browning en 1931 avec Bela Lugosi qui impose l'image collective du vampire. En 1957, il se fera enterrer avec le costume qui avait fait sa gloire. Le second plus grand interprète sera Christopher Lee, notamment dans « Le Cauchemar de Dracula » de Terence Fisher, premier film en couleur de 1958.

Commenter cet article

C
Un billet très intéressant, merci du partage.<br /> Bonne journée !
Répondre
C
Bonne journée et tous nos voeux les plus chers pour 2020.