Il ne se passe rien mais je ne m'ennuie pas / C'est la viande qui fait ça - Heptanes Fraxion

Publié le par Léonox

 

 

 

Bordel de merde : Il ne se passe rien mais je ne m’ennuie pas et C’est la viande qui fait ça, de Heptanes Fraxion

 

 

 

 

J'y connais rien en poésie. Rien ou presque. Je pourrais essayer de dire un mot ou deux du peu que j’ai lu, mais je pense pas que je pourrais écrire grand-chose de pertinent sur le sujet. Sans compter que les œuvres de Baudelaire et Verhaeren n’ont pas grand-chose en commun avec celles du gaillard dont j’ai décidé de parler aujourd’hui.

 

Je pourrais aussi prendre le problème par la bande en évoquant ces lecteurs qui ont qualifié certains de mes textes de « poétiques », mais il n’est pas ici question de ma petite personne. Pour faire vite, je connaissais l’histoire du type qui faisait de la prose sans le savoir, donc je me suis dit que c'était peut-être la même pour moi, avec la poésie. Comme je suis le genre de mec qui aime faire valser les étiquettes, ça m'allait plutôt bien comme ça, alors j'ai pas cherché à creuser.

 

Ensuite... Ensuite du temps s’est écoulé. J’ai continué à lire, à écrire, à chroniquer et à publier. Et plus les années passaient, plus je me dirigeais vers d’autres formes d’expression. Pas vraiment de la poésie, certes, mais pas de la littérature sujet-verbe-complément non plus. Décidément, il se passait quelque chose.

 

Quelque chose que je suis parvenu à identifier cette année, sans toutefois pouvoir poser les bons mots dessus. Ces mots, je les ai trouvés sur le profil Facebook d’un type au nom aussi improbable que mes pseudos. Ce gars, il s'appelle Heptanes Fraxion. Et il écrit de la POÉSIE. De la poésie semée aux quatre vents de ces réseaux qu’on dit sociaux, mais aussi dans un fascicule joliment intitulé Et les gens continuent de tomber avec la nuit.

 

Un fascicule, c’est bien, mais c’est vite lu. Heureusement, il existe en Belgique un éditeur nommé Cormor En Nuptial. Et l’éditeur en question, non content de rééditer Il ne se passe rien mais je ne m'ennuie pas, le premier recueil de Heptanes Fraxion, a eu la bonne idée de publier en parallèle un inédit de l’auteur. Un nouveau livre, dont le titre seul met la bave aux lèvres. C'est la viande qui fait ça, que ça s’appelle. Tout un programme. Deux bouquins illustrés par Wood. Le même Wood qu’on retrouve aux illustrations intérieures dans l’anthologie Dimension Violences, que j’ai eu le plaisir de diriger avec Luna Beretta chez Rivière Blanche. Tiens donc.

 

Deux recueils pour une soixantaine de textes noirs et serrés comme une série d’expressos enquillés après une nuit blanche. Soixante textes affranchis de toutes les règles de la poésie pour mieux toucher-couler tout le monde. Un affranchi, Heptanes Fraxion ? Et pourquoi pas ? Un type qui parvient à dire le rien et la viande, la nuit et l’ennui de façon aussi juste et à doucher-coucher le monde à tous les coups, vous appelez ça comment, vous ?

 

J'y connais rien en poésie. Rien ou presque. Et je suis totalement infoutu d’en chroniquer. Pour autant, j’ai quand même éprouvé le besoin d’écrire ces lignes, au moins pour essayer de renvoyer un bout d’ascenseur à l’auteur. Parce que ses textes ne trichent pas. Son écriture est nette et heureusement pas sans bavure. Ben ouais, il est comme ça, Heptanes Fraxion. S’il y en a un peu plus, il vous le met quand même. C’est la viande qui fait ça, mais ici, elle est coupée près de l’os. Tout près. Et elle est servie dans son jus.

 

« Errer me muscle », assure-t-il sur son blog. Vague à l’âme vagabond tendu comme une corde au-dessus de l’abîme : ce gars me connaît, c’est pas possible autrement. En tout cas, c’est l’impression que j’ai ressentie en lisant ses recueils. Et je pense qu’il connaît aussi un petit morceau de chacun d’entre vous. Et je pense même qu’au fond c’est lui qui nous chronique, et pas l’inverse. Alors ne croyez pas Heptanes Fraxion sur parole quand il vous dit qu’Il ne se passe rien. Laissez-le plutôt vous tendre ses miroirs brisés et s’occuper de vos selfies : je vous garantis que votre portrait en creux ne vous laissera pas indifférent-e-s.

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