Entretien avec Justine Niogret

Publié le par Lester

 

 

 

Bonjour Justine, tu es l'autrice du recueil « Vers le Pays Rouge », aux éditions Rivière Blanche, qui regroupe vingt-quatre nouvelles parues dans diverses anthologies et revues. Tu as aussi publié plusieurs romans (1). Pour aborder un sujet qui me tient à cœur, que penses-tu de la nouvelle, de la place qu'elle tient dans le monde de l'édition actuel ? Est-ce un format qui te satisfait, que tu souhaiterais davantage promu ? Ou bien préfères-tu l'écriture au long cours d'un roman ?

 

Bonjour Serge !!

Bonne question, pour la nouvelle.... J'aime beaucoup en écrire et ça correspond à ma façon de recevoir mes idées ; j'ai des scènes, des images, parfois des personnages qui interagissent avec ces scènes et ces images. C'est ce qui me vient le plus facilement et de façon brute. Du coup une nouvelle où on peut ne décrire que ça, et garder toute sa force à l'image, me convient très bien.

Bien entendu que j'aimerais que ce soit plus mis en avant, soutenu ; mes premières lectures de fantastique et SF étaient de la nouvelle, les anthologies Planète et « Histoires de ». Et les grands, comme Lovecraft, King, etc. les « Hitchcock présente », même s'il y avait beaucoup de polar, c'était aussi beaucoup d'horreur....

 

C'est personnel, mais je trouve ta façon d'aborder le fantastique assez atypique. Quelles sont tes lectures préférées dans ce domaine (mais pas que !), et les auteurs que tu lis et relis ?

 

Je suis une fan absolue du Seigneur des Anneaux. Je relis peu et depuis que j'ai encore moins de temps je peine à lire. Mais j'adore les auteurs qu'on traite de chiants, comme Donaldson, de toute façon comment pourrait-on ne pas aimer un auteur qui a le culot d'appeler un de ses livres « this day all Gods die » ? J'aime énormément Crowley aussi, John, pas Aleister (enfin si, aussi, mais bref tu vois). Je suis tombée dessus avec l'Animal Découronné et wtf, quel livre ! J'ai tout aimé de lui, même si certains sont carrément incompréhensibles, je m'en fous, c'est de la poésie et ça chante dans la tête, comme les contes de fées quand on est petit. Je suis fan aussi de Brussolo, de Jacques Abeille, et j'ai des amours qu'on pourrait trouver honteuses que je n'ose pas relire, comme le roman sur Lord Soth de Ravenloft, ou les cycle des portes de la mort de Weis et Hickman, j'ai adoré Lovecraft aussi, même si je ne le relis pas, mais ça fait longtemps que je n'ai pas lu un livre qui m'aie coupé une tranche de cerveau pour la remplacer par une autre, sans doute par manque de temps. Sinon sur la relecture pure, je suis beaucoup sur « qu’y a-t-il dans ta couche », « caca boudin » et « Émilie fait pipi au lit », je conseille vivement, ça se lit vite et douze fois chaque soir ça se gère tranquille.

 

Même question concernant l'heroic-fantasy (ou ce qu'il est convenu de nommer ainsi). On trouve peu de magiciens à la vieille barbe grise dans tes textes, plutôt des barbares intemporels nichés dans un contexte historique qu'on pourrait situer dans un bas Moyen-Âge celtique. Ce n'est pas vraiment ce qu'on trouve sur les tables des libraires de nos jours...

 

Ce qui me fait aimer un livre, ou plutôt le ressentir, c'est l'humanité des persos. Du coup l'heroic fantasy « cliché » (et qui peut être très bonne, no jugement), ça ne me touche pas. La Romance de Ténébreuse m'a beaucoup parlé parce que c'est pétri de féminisme avant que je sache reconnaître le féminisme, ou tiens, les premières saisons de Game of Thrones qui sont à mon sens excellentes sur ce point-là. Et la série the Walking Dead, qui était elle aussi, les trois premières saisons, terrible pour la justesse de ses personnages. Je suis clairement une petite pute à persos, je lirais et je regarderais n'importe quoi si un perso me parlait particulièrement. J'ai arrêté les Rois Maudits quand j'étais môme au moment exact où le gros rouquin a été tué.

 

En lisant ce recueil, j'ai été frappé par le fait que l'enfance est souvent au centre de ta thématique. Je me trompe ? Pourquoi ?

 

Bonne question. Je ne sais pas. Je n'en ai pas eu, je n'en ai pas beaucoup de regret, je crois, mais je ne saurais pas vraiment dire. Je pense que je suis quelqu'un de très nostalgique, et très sensible ; j'imagine que quand j'étais môme les choses, les odeurs, les impressions, me rentraient très loin dans la tronche et que beaucoup de choses en sont restées. Je pense aussi que je suis une petite brute qui aime vivre en chaussettes avec des poules et les chiottes derrière un arbre, à l'époque ça paraissait plus simple, d'où aussi un certain regret. Je ne sais pas. Je trouve les adultes assez fragiles en général, il suffit d'avoir des chaussettes dépareillées pour leur faire un peu peur. C'est triste. Les enfants trouvent ça cool. Je trouve ça cool.

 

Enfin, le style. Aux lecteurs du fabuleux blog Collectif ZLL, je dis : « Ne comptez pas sur moi pour le décrire ! Il faut le découvrir ! » Mais comment écris-tu ? Façon méthodique avec tout plein de ratures et de repentirs, ou bien ça sort comme ça, brut de décoffrage ?

 

Que dalle mon cul, je ne réécris jamais. Je trouve qu'un texte, si je retravaille dessus, ça sent la gerbe. J'écris brut, je relis une fois et c'est marre. J'écris avec de l'énergie, ça va vite et c'est du premier jet.

 

Dernière question en forme de carte blanche. Tu dis ce que tu veux, même que mes questions sont nulles... Mais ce n'est pas obligé !

 

Je propose un truc ; on arrête tous d'être peureux, d'être cons, d'être dans le jugement. On fait un monde meilleur avec de la joie et des soirées douces, on apprend tous à coudre des vêtements rigolos, à faire à bouffer, à chanter, on s'aime tous et on fait du mieux qu'on peut. Qu'en dis-tu ?

 

 

(1) Chien du Heaume, Mordre le Bouclier et Mordred chez Mnémos

Gueule de Truie chez Critic

Le Syndrome du Varan au Seuil, entre autres...

Commenter cet article