Trouble passager - David Coulon

Publié le par Zaroff

 

 

 

David Coulon ne cesse de me surprendre. Ses romans noirs nihilistes mettent toujours ses personnages à nu, sur le fil du rasoir, englués dans des situations inextricables. Par un style tranchant, c'est une tornade qui emporte les lecteurs dans l’œil du cyclone, un twister au souffle puissant. Rémi Hutchinson est un auteur gore qui n'écrit plus, inspiration en panne sèche. Il tente néanmoins de pondre un roman d'amour, récit mièvre et puant la guimauve, pour en tirer un best-seller, quitte à renier ses influences propres. L'homme ne croit plus en lui ni en son couple. Surtout depuis la disparition de sa fille Mélissa, cinq ans auparavant. Cinq années à se morfondre sous des apparences factices, donner l'image d'un couple aimant, faire semblant de s'intéresser aux autres. Lors d'une soirée, il est approché par une très belle jeune fille, conquise par son roman gore « L'invasion des crapauds des profondeurs » et son étrange « code du premier mot ». Rémi ne baise plus (ou mal) et il éprouve un léger trouble en conversant avec cette Sofia. Un trouble passager qui va transformer sa vie en cauchemar, un engrenage pervers où toutes ses convictions seront anéanties.

 

Sofia lui glisse un papier dans la poche. Rémi doit s'inscrire sur un jeu médiéval en ligne, choisir un personnage et la rejoindre dans une taverne pour discuter. Il tchatte avec elle dans une messagerie privée. Ils parlent de littérature et on pressent que Rémi est partagé sur cet émoi naissant. Un piège se met en place après avoir pris connaissance d'un autre message posté par une certaine Monica 15 ans qui lui donne rendez-vous à vingt minutes de chez lui. Doit-il s'y rendre ? Un mec de quarante balais doit-il rejoindre une gamine sans savoir ce qu'elle désire ? Rémi laisse ses pulsions l'envahir au détriment de la raison. Et la frontière du raisonnable peut être vite franchie sans conscience. Et c'est là que David Coulon est fort (comme à son habitude) car il démontre que l'humain peut avoir des réactions contraires à son éducation selon le mode de vie social où il est confronté.

 

Rémi ramène cette Monica chez elle. Drogué, il est séquestré dans une vieille bâtisse nichée au cœur de la forêt normande. La perversité du roman s'imbrique dans une dualité « victime/bourreau », fil conducteur du récit. Moins glauque que son précédent Je serai le dernier homme..., l'intrigue est principalement psychologique. Père absent qui s'est barré au Canada (c'est du moins ce que pense Rémi), l'écrivain est miné aussi par les souvenirs d'une colonie de vacances où des hommes masqués le violèrent à maintes reprises. C'est donc, une fois encore, du pur David Coulon avec ses thèmes chers : dualité des sentiments, abandon de soi, prédateurs à visages couverts, phobies sociales et structurelles, complexe d'infériorité, vengeance, tortures mentales et physiques... Avec tout ce que va subir Rémi, on a de la compassion pour lui... même si l'écrivain gore n'est pas blanc comme neige. Sa séquestration a-t-elle un lien avec l'enlèvement de sa fille ? Est-il un pédophile refoulé ? Pourquoi accepter les avances d'une gamine ? Ce bouquin est une véritable réussite digne d'un Thierry Jonquet dont j'aime associer David Coulon qui n'a pas encore tout dit ni écrit ! Un sacré gaillard au potentiel immense.

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