Replay - David Didelot

Publié le par Zaroff

 

 

REPLAY : un univers lointain, une autre galaxie où l'imagination primait sur le reste. La curiosité remplaçait l'éjaculation précoce actuelle. Tout est accéléré et on se contente de trucs téléchargés, vite vus et lus, tout en justifiant son impulsivité en likes et posts narcissiques. Cette autobiographie de David a été émouvante à lire. Je me suis replongé dans des souvenirs ancestraux que je pensais oubliés. Une époque bénie pour de nombreux quadras que nous sommes devenus. Mais la passion reste intacte dans nos cocons personnels. Ce qui est étrange, c'est le parcours différent que j'ai emprunté avant de me diriger vers l'écriture d'horreur. Je n'ai rien partagé de commun avec David Didelot malgré nos avis similaires sur la culture bis. Ce qui prouve que les chemins sont variés et les orientations diverses. Dans mon patelin, je n'avais pas de vidéo-clubs ni de librairies spécifiques à ce genre qui nous attire. Cinéma non plus. Ma culture cinéphile vient de ma défunte mère et des dizaines de VHS comprenant des films enregistrés à la télé. J'ai été élevé dans le noir et blanc, plus particulièrement les films de Chaplin, Fritz Lang et une approche polar et hard-boiled avec mon père (Belmondo, Ventura, Audiard, Bogart...). De mémoire, l'horreur n'avait pas de raison d'être dans ma maison. Sauf dans les bouquins. Mon premier souvenir horrifique fut un livre noir illustré de photographies : Amityville. J'en garde des nuits peuplées de cauchemars. Plus grand, je me souviens de quelques VHS d'horreur comme Fog, Les griffes de la nuit, Halloween. Mais ce ne sont que des miettes face au savoir immense de David Didelot dans ce domaine.

 

On ne peut dissocier les films et les livres en évoquant la quête de l'introuvable, les insatiables recherches dans des rayonnages poussiéreux. Pour quelques francs, on trouvait des merveilles et notre cœur bondissait à la vue d'une couverture tapageuse. Mes influences proviennent de la Bibliothèque Marabout (Jean Ray, Owen, Ghederode, Maupassant, Stoker, Bloch...), des tueurs en série (Psychose, M le maudit...), des enquêteurs (Sherlock Holmes, Lupin, Rouletabille...) et principalement par des films sombres où la psychologie surpasse le sanglant. Je ne connais presque rien de l'importante filmographie évoquée par David même si je partage la même ivresse... par d'autres biais. Stephen King et son célèbre Creepshow (j'ai la BD de l'époque), Ramsey Campbell, Barker, Herbert, Doyle, Leblanc... Beaucoup de mes ouvrages me suivent depuis plus de trente ans. Impossible de m'en séparer. Ce livre de David m'a rappelé mes posters de Maiden (au grand désarroi de ma mère lorsqu'elle venait passer l'aspirateur dans ma chambre) et la musique ambiante qui résonnait dans la maison : Mike Oldfield, The Alan Parsons Project, Michael Jackson, Abba et tant d'autres. La nostalgie est nécessaire pour être équilibré. Je le crois dur comme fer. Il ne faut jamais renier ses racines culturelles. Pour bien se mettre dans l'ambiance de REPLAY, faut avoir connu cette époque incroyable où on se démerdait avec les moyens du bord : une mobylette (meule ou charrette) pétaradante, conduire une FIAT Panda avec un vieux magnéto à grosses piles (une cassette de Piece of Mind à l'intérieur) sur les genoux, la clope au bec et des lunettes à la Rick Hunter pour faire beau ! Je pense aussi à la pochette de BLACKOUT dessinée au marqueur sur un tee-shirt car j'avais pas de pognon pour acheter des fringues de hardos. Je bavais sur un pote qui possédait une veste en jean (les manches découpées à l'épaule) dépareillée de dizaines d'écussons de Maiden, de Trust et d'ACDC et endossée sur un blouson cuir. On se paluchait sur des catalogues Trois Suisses ou La redoute et c'était rare de voir des nichons à la téloche. Alors je comprends aisément que les films de Joe d'Amato appâtaient les ados en délivrant de l'horreur et des femmes dénudées. Dès lors, on avait encore le goût de l'interdit qui émoustillait nos sens primitifs. Aujourd'hui, tout est factice et on se perd dans un cinéma abreuvé de remakes, d'intrigues éculées... sans bouger le cul de son canapé. Heureusement, je sais que beaucoup de jeunes cherchent à retrouver ce climat vintage dans leurs inspirations littéraires, artistiques et cinématographiques et je crois que tout n'est pas perdu. Mais bon Dieu que c'était bon d'avoir un sac U.S (avec des pin's vulgaires) bourré de poches dénichés dans une bouquinerie de quartier !

 

David nous brosse un large horizon de 1970 à nos jours avec sincérité et franchise. Ses doutes, ses peines, ses premières impressions, ses deuils, ses multiples déménagements, ses amours, ses pornos du début, le giallo, Fulci, Bava, d'Amato, la Hammer, ses rencontres, le fanzinat, ses études chaotiques, ses beuveries... avec toujours le fantastique en toile de fond. On frémit à l'épisode spirite durant une colonie de vacances, on pleure lors du décès de ce père d'une autre génération, on rigole sur des anecdotes savoureuses... c'est un livre poignant et passionné qui démontre que les passions fictionnelles et la vie ne font qu'un. Sur certains passages, on se rend compte également que le constat de David est amer quelquefois, que la foi n'y est plus, que beaucoup de temps fut perdu au détriment de la famille et des amis. Mais les vestiges d'antan seront toujours ancrés en nous comme une tumeur. On n'y peut rien, nous sommes faits ainsi. Merci David pour cette belle promenade enténébrée. Un livre que je garderai bien au chaud dans ma bibliothèque et que je relirai un jour. Un livre, que dis-je ? Une relique sacrée. Un part de moi, de nous. Une famille de l'horreur aux destins entrelacés. Un clan sans compromis.

 

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