Les jours d'après - Contes noirs - Jérôme Leroy

Publié le par Léonox

 

 

C’était mieux après : Les jours d’après – Contes noirs, de Jérôme Leroy.

 

 

J’imagine qu’il doit commencer à en avoir un peu marre, Jérôme Leroy, qu’on le compare à Fajardie. Sauf que dans mon esprit ce n’est pas une comparaison. En tout cas pas dans le sens « compétitif » du terme. Surtout pas. C’est bien plus troublant et profond que ça. Certes, on peut considérer que l’un a repris le flambeau laissé vacant par l’autre (ce qui, soit dit en passant, est aussi considérable qu’inespéré). Mais ça ne suffit pas. Parce qu’on ne parle pas ici d’un de ces pâles « continuateurs » qui depuis un siècle se contentent de bégayer les œuvres de Conan Doyle ou Lovecraft. On n’a pas affaire à un gardien de musée ou de cimetière. Voire, pire, à un gardien du temple. Jérôme Leroy, c’est le seul auteur qui aurait le droit d’écrire la fameuse phrase « C’était mieux avant » sans que ça paraisse réac et passéiste.

 

À mes yeux, cette seule prouesse suffirait à rendre l’auteur du Bloc unique et incomparable. Mais ce n’est pas tout. Car cette phrase, il ne l’a jamais écrite, bien entendu. La nostalgie de Jérôme Leroy ne sent pas le renfermé, ainsi que le prouve la novelette Rendez-vous rue de la monnaie, qui ouvre le recueil dont il est question ici. Ce texte superbe – dont Claude Mesplède fut le premier lecteur, ainsi qu’on le découvre en fin d’ouvrage – mériterait à lui seul une chronique, tant il est représentatif de l’auteur, de ses thèmes, figures et paysages de prédilection (pour faire simple : le Nord de la France, le paradis perdu, un tueur fin lettré, une femme très belle, très intelligente et très fatale, la violence, la tendresse. En gros).

 

Dans un registre différent, Tu n’as rien vu à Collioure permet à Jérôme Leroy d’adresser un savoureux clin d’œil à François Darnaudet – dont le premier roman Gore s’intitulait Collioure trap – tout en faisant allusion à un genre qu’il affectionne, comme le prouve son autre recueil Dernières nouvelles de l’enfer. Notons encore l’excellent 44 grammes, tribute haché et absurde à David Peace : les amateurs – dont je suis – apprécieront.

 

Chacune des douze autres nouvelles figurant au sommaire de ces Contes noirs possède son charme et ses qualités propres. Jérôme Leroy prend plaisir à y mener des expériences en mélangeant les genres (Noir, Post-Apo, SF, Horreur), et fait rimer politique avec historique, le tout sans jamais oublier que « L’humour est la politesse du désespoir ». Une véritable performance, qui permet d’obtenir un recueil à la fois harmonieux et cohérent, même s’il est composé de textes parus à l’origine individuellement entre 2005 et 2012.

 

Un dernier parallèle avant de conclure : toutes les nouvelles de Frédéric H. Fajardie ont été rassemblées en 2005 et 2006 dans deux énormes volumes intitulés Nouvelles d’un siècle l’autre. Je profite donc de l’occasion pour m’adresser sans détour aux excellentes éditions de La Table Ronde : à quand l’intégrale des récits courts de celui qui a donné ses vraies lettres de noblesse à l’expression « exécuteur testamentaire » ?

 

J’imagine qu’il doit commencer à en avoir un peu marre, Jérôme Leroy, qu’on le compare à Fajardie, depuis la mort catastrophiquement prématurée de l’intéressé (en temps normal, je hais les adverbes en « ment » – sauf dans les romans de Kââ – mais je hais encore plus ce premier mai 2008 où Fajardie est mort, alors j’ose l’insistance, fin de la parenthèse). Sauf que de mon point de vue ce n’est pas une comparaison. C’est un compliment. Et sans doute le plus beau que je puisse lui faire.

 

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 190, janvier / février 2018.

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