Je serai le dernier homme... - David Coulon

Publié le par Zaroff

 

 

 

Je lis David Coulon depuis ses débuts car c'est un auteur incroyable, presque nihiliste et terriblement dérangeant. On retrouve l'univers sordide des environs de Pétronum, déjà évoqué dans Lumpen. Une usine pétrochimique avec ses multiples plans sociaux et la dévastation psychologique de ses employés virés. Le personnage principal est anonyme, invisible, inexistant. Son couple est une mascarade, ses amis sont faux et notre narrateur semble égaré dans ce grand bourbier où il progresse comme un goéland dans une marée noire. Pour éviter les gendarmes et leurs éthylotests, il emprunte un sentier coupant à travers champs dans la campagne normande. Prétextant un entretien d'embauche, notre gusse passe la soirée avec sa maîtresse et rentre dans la nuit par cette singulière « autoroute des alcooliques ». Des coups de feu retentissent pas loin et il aperçoit une jeune femme apeurée, traquée qui s'engouffre dans sa voiture. Notre homme prend forcément une mauvaise décision en la jetant à terre car son crâne percute un caillou et elle meurt.

 

Il met le cadavre dans son coffre et rejoint un hôtel plutôt que son foyer où l'attendent sa femme et sa fille. Et ce pauvre hère va s'engluer dans un périple infernal, le cerveau rongé par les doutes, la bêtise et l'indécision. D'autres disparitions sont signalées dans la région, des cadavres sont mutilés et notre homme va enquêter pour son propre compte en cachant le corps de la femme dans une grange. Et le cauchemar commence !

 

Nous entrons dans la tête du narrateur, percevons ses effrois et ses décisions improductives. Coulon et Lynch ont le même prénom et c'est sans doute un signe. Tous les personnages de David Coulon avancent masqués et souvent le Mal triomphe dans cet échiquier social. Les puissants deviennent les prédateurs zaroffiens. Deux mondes s'affrontent dans des joutes macabres. Les réactions du personnage provoquent un sentiment de gêne contradictoire chez le lecteur. On a envie de lui crier notre incompréhension, de le secourir mais David Coulon est machiavélique et nous rend impuissants.

 

Le final est dantesque et on se dit que tout est fatal dans les romans de David. Et quoi de mieux que l'illustration du bouquin pour résumer cette histoire : des corbeaux s'enfuyant d'un champ de blé. Comme ce tableau prémonitoire de van Gogh annonçant un suicide à venir. Le livre d'Antonin Artaud avait pour titre : « Van Gogh, le suicidé de la société ». Les personnages de David Coulon sont van goghiens. Ils sont poétiques dans leurs détresses. Avec des relents de monoxyde de carbone.

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