Divino Sacrum - Franca Maï

Publié le par Léonox

 

 

Il était une voix : Divino sacrum, de Franca Maï.

 

 

Il était une voix, qui s’est éteinte bien trop tôt par une blême journée de février. Cette voix, c’était celle de Franca Maï. Comédienne, réalisatrice, productrice, nouvelliste, poétesse et romancière, Franca Maï était non seulement une artiste complète, mais aussi – et surtout – une personne d’exception : je ne l’ai jamais rencontrée, mais toutes celles et ceux qui ont eu cette chance sont unanimes. Et à personne d’exception, héritage d’exception : livrer un testament aussi puissant que Divino sacrum n’est en effet pas donné à tout le monde.

 

Ce livre, le huitième écrit par Franca Maï, a fini par être publié de façon posthume plus de quatre ans après la mort de l’autrice. Sans l’abnégation de Bruno Pochesci et le courage des éditions OVNI, il n’aurait d’ailleurs peut-être jamais existé. Il est vrai que c’est le genre d’ouvrage que les amateurs de prose tiédasse qualifient volontiers de « difficile ». Raison de plus pour remercier celles et ceux qui se sont sorti les tripes et ont pris des risques pour donner à ce témoignage douloureux et poignant l'écrin qu'il méritait.

 

Autant dire que j’avais les meilleures raisons du monde pour évoquer Divino sacrum tôt ou tard. Mais pour ça, il me fallait d’abord le découvrir. Or je savais que ce serait difficile. Très difficile, même. C’est la raison pour laquelle j’ai différé de semaine en semaine mes retrouvailles avec Franca Maï, dont j'admire les écrits depuis longtemps. Enfin, deux mois après avoir fait l’acquisition du livre, je me suis décidé. Mais s’il ne m’a fallu que quelques jours pour le lire, il m’a ensuite fallu le digérer. Et là, le processus a été plus long.

 

Parce que Divino sacrum fait mal. Vraiment mal. Il y avait longtemps qu'un roman ne m'avait pas serré la gorge à ce point. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que j’ai mis un an à y revenir afin d’écrire cette petite chronique. Franca Maï avait un talent fou, et je ne me sentais pas à la hauteur de ses mots. C’est aussi simple que ça. Et si je prends aujourd’hui le taureau par les cornes, ce n’est pas parce que je suis plus sûr de moi. Mais il est quand même une chose dont je suis sûr : il y a celles et ceux que l’on oublie. Et il y a les autres.

 

Il était une voix. Il était une voix, et le parcours d’une combattante. Car Divino sacrum, c’est avant tout le démantèlement et la redéfinition syllabe par syllabe de l’expression « acharnement thérapeutique ». Ce livre irracontable est à la fois l’histoire d’une lutte acharnée, et d’une thérapie respectée. En vain. Deux fois. Alors certes, l’issue est connue (Virago5, sale pute, si tu savais à quel point je te hais) et les dés peuvent paraître pipés. Mais ce serait oublier l’essentiel. Soit l’incroyable volonté de Franca Maï, son énergie farouche et sa saisissante faculté à conserver intacte sa faculté d’émerveillement.

 

Divino sacrum n’est donc pas un roman. C’est bien plus que ça. C’est une confrontation avec le réel. Mais un réel aux antipodes de ces « autofictions » dégoulinantes de complaisance dont les grossistes en mille-feuilles inondent les supermarchés de la cuculture prête à consommer. Non. Pas de ça par ici. De toute façon, Divino sacrum, vous ne le trouverez pas en librairie. Pas assez consensuel, pas assez présentable, sans doute. Trop beau pour être vrai, surtout. Mais après tout, ne dit-on pas que « ce qui est rare est précieux » ?

 

Il était une voix, qui toujours résonne à mes oreilles. Merci pour votre grâce. Une voix à la fois suave et un peu rauque. Merci pour votre force. Une voix mutine qui depuis six ans persiste à susurrer le même refrain facétieux. Merci d’avoir été, si intensément. Un refrain irrésistible, constitué de trois mots. Et merci d’être encore. FUCK. LA. MORT.

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