Si t'as peur, jappe - Marie & Joseph

Publié le par Zaroff

 

 

« Le jour où Christian Tarsier avait rencontré le Si t'as peur, jappe, qui se présentait comme « le meilleur groupe de blues, et le seul, de Lévigny-sur-Cher », il devait y avoir, dans son ciel astral une méchante conjonction de Saturne en trigone, de couilles en barre et de Charybde en Scylla ; parce que des groupes de tarés, depuis le temps qu'il promenait sa batterie dans toutes les galères musicales de la région Centre, il en avait déjà connu un certain nombre ; mais comme celui-là, jamais. Que le pianiste fût obsessionnel, le bassiste alcoolique et le guitariste-parolier complètement zinzin dans différentes catégories non homologuées, c'était dans l'ordre, et Christian Tarsier ne songeait pas à s'en étonner : il était bien kleptomane, lui — même si telle n'était pas l'opinion du juge qui l'avait condamné à deux mois de prison ferme, sous le fumeux prétexte que les kleptomanes honnêtes n'opéraient point avec une pince-monseigneur et un rossignol. Mais ces musiciens-là... ben c'était pas des tarés normaux. »

 

Ainsi débute ce deuxième roman paru en 1984, mettant en scène Philippe, Alain, Lazare, Gian Battista et Christian, membres du groupe de Blues minable nommé Si t'as peur, jappe, vivant dans une vieille ferme berrichonne « transformée en kolkhoze musical avec deux litres de bière » dont la principale occupation est de retaper le vieux Ford déglingué afin de reprendre la route. Lors d'un différend de mille balles les opposant à Frillon-Gapier, un fils à papa gérant un magasin de musique, ils vident son camion pour rentrer dans leurs frais. Ils embarquent une caisse à outils sans savoir qu'elle contient un objet mystérieux convoité par une autre bande de loubards. Aussi ridicules, ceux-ci travaillent pour Frillon-Gapier père, un antiquaire. La bande se compose de Valvo (le chef), Frite, Sylvette (la maîtresse de Valvo et comptable chez Frillon-Gapier fils), Sartago (le gorille) et Tatou toujours accompagné de son rat Gégène. De Bourges, le groupe part vers les Cévennes. Les péripéties seront nombreuses, les situations burlesques et les dialogues savoureux. Quel est ce mystérieux trésor que convoitent les voleurs ? Dans le final cévenol, deux autres sbires vont se mêler à cette affaire sordide : Paludes et Sorbonne le Katangais. C'est un polar jouissif où la grande culture des auteurs suinte à chaque page. Les personnages ne sont guère avisés, ce qui décuple l'intérêt des lecteurs. Vive le polar socio-rural dont Marie & Joseph sont les histrions.

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