Heca-Tomb vu par serge Rollet

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

Une critique de Serge Rollet, alias lester L. Gore ne se refuse pas. Sa culture est immense et c'est un homme sympathique. Bref, un ami. Et je le remercie pour cet article argumenté, précis et tout simplement clairvoyant.

" Critiquer un livre n’est jamais facile, même si on l’a aimé. Éviter les clichés et le défonçage de portes ouvertes n’est pas la moindre des difficultés lorsqu’on s’attelle à la tâche de décrire ce qu’on a pensé d’une lecture. Mais, quand l’auteur du livre en question est un ami, et qu’en plus il vous a offert le susmentionné bouquin assorti d’une dédicace pleine de chaleureuse amitié, comment faire pour ne pas être soupçonné de copinage ?
Quand, en outre, l’auteur est une personne charmante dans la vraie vie, un convive parfait à table, un bon citoyen et un père de famille dévoué, comment après ça faire la critique de son dernier livre, le fameux « Heca-Tomb », qui semble être issu des fermentations perverses d’un cerveau malade ?

Tout ce long et inutile préambule pour dire tout le bien que je pense de Zaroff et de son petit dernier, « Heca-Tomb » chez Zone 52 éditions. Mais attention : comme le CD qui accompagne le livre, l’objet n’est pas à mettre entre toutes les mains ! C’est du gore bien trash, bien salingue, dans la pure ligne des collections mythiques du Fleuve Noir de la grande époque, cette même tradition que quelques passionnés continuent d’animer, en faisant mourir leurs personnages avec délectation, sadisme et une réjouissante créativité.

Zaroff, avec une économie de moyens maîtrisée, sans effet de style inutile, nous entraîne donc dans son univers familier, celui de l’Amérique profonde des laissés pour compte, loin des mégapoles et du show-biz. Son chaud business à lui, c’est la description par le menu, jusqu’à l’écœurement recherché, des pires violences perpétrées par ses personnages, tous des minables, à l’encontre d’autres protagonistes tout aussi pitoyables. C’est souvent amusant à force d’outrance, parfois écœurant, toujours surprenant d’inventivité dans l’horreur. Pour lutter contre cette série de massacres aberrants, ce déchaînement de violence aveugle, Zaroff reforme le tandem qui lui avait réussi dans son livre précédent chez Trash éditions, « Night Stalker » ( comment ? Vous ne l’avez pas encore lu ? Filez vite l’acheter !) c’est à dire un flic provincial bourru et vaguement ahuri auquel on a de la peine à ne pas donner les traits d’un Clint Eastwood raté, et un agent du Effe-Bi-Aïe finaud mais débordé par un environnement de ploucs tarés. Bien entendu, ce duo calamiteux secondé par des adjoints bras-cassés n’empêchera en rien la vague de tueries de submerger en entier la bourgade concernée, comme un tsunami de sang et de tripes à l’air.

Mais là où l’auteur parvient à se renouveler, c’est lorsqu’il abandonne les thématiques du tueur en série socio-psychopathe pour aborder les rivages du fantastique horrifique, afin de rendre un hommage appuyé à Stephen King en personne. Car « Heca-Tomb » n’est pas qu’un catalogue de meurtres et de perversités exhibé sans intention ; c’est surtout l’occasion pour l’ami Zaroff d’évoquer un des romans marquants de King, « Bazaar », sans oublier quelques clins d’œil à d’autres récits Kingiens. Sans tomber dans la servilité, ni dans l’obésité littéraire qui marque hélas bien des romans de King, Zaroff nous sert donc un remake épuré des œuvres maléfiques de Leland Gaunt, une relecture déjantée de « Needful Things », pimentée à la sauce gore, et on en redemande !

Bref, « Heca-Tomb » est un petit opus jubilatoire, décomplexé et jouissif, une brillante variation sur des thématiques classiques, assorti d’un hommage bien sympathique au maître de Bangor, que je recommande à tous les amateurs de gore, mais aussi aux connaisseurs en fantastique."

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