Le cercle d'argent - Emmanuel Errer

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

Sans espoir de retour : Le cercle d’argent, d’Emmanuel Errer.

 

Lucien est un flic sur le retour. Il vit dans un monde gris, où les huiles envisagent de privatiser certaines branches de la police, et entretient une relation décousue avec Marie-Jeanne, une infirmière quadragénaire. Cette liaison improbable, entre tendresse et rustrerie, ne semblait pas faite pour durer. Et pourtant… Lucien n’est plus à même de s’engager, et la jolie veuve a bien dû en prendre son parti. Ainsi ont-ils fini par s’habituer à ces retrouvailles aléatoires, qui mettent un peu de piment dans un quotidien morne et sans surprise.

 

Sans surprise, jusqu’au jour où Lucien est témoin d’un braquage. Deux hommes sortent d’une banque en ouvrant le feu sur le vigile. Le policier réplique sans réfléchir : l’un des voyous s’effondre, blessé à l’épaule, pendant que l’autre réussit à prendre la fuite. Lucien se lance à sa poursuite, mais ne parvient pas à le rattraper. La mort dans l’âme, il revient alors sur les lieux de l’altercation, et s’aperçoit avec effroi que les échanges de coups de feu ont fait une autre victime. Un enfant d’une dizaine d’années gît sans vie sur le trottoir.

 

Le décès accidentel de ce petit garçon va tout changer pour le flic revenu de tout. Il se sent responsable, et demande à être chargé de l’enquête. Lucien ne comprend pas comment le second braqueur a pu se volatiliser, et il compte bien faire parler son complice. Seulement ledit complice est retrouvé massacré sur son lit d’hôpital. Il a littéralement été réduit en charpie. Et ce n’est que la première d’une longue série de bizarreries. Car plus le policier poursuit ses investigations, plus le mystère entourant cette affaire semble s’épaissir…

 

Mag, la tenancière d’une librairie-bar située dans le quartier où le tueur a disparu, prétend qu’elle n’a rien vu. Mais Lucien, bien que sensible au charme de la quinquagénaire, se méfie d’elle. Il faut dire que son établissement sert de point de ralliement à des individus pour le moins sulfureux. Et la situation s’aggrave quand Malgar, le collègue martiniquais de Lucien, est pris à partie dans la rue après avoir interrogé Mag et un de ses clients. Une horde de skinheads le passe à tabac, et ce n’est pas seulement en raison de la couleur de sa peau…

 

Suite à cette agression, un autre témoin potentiel est réduit au silence de la plus sauvage des manières. Quelqu’un paraît décidément déterminé à mettre des bâtons dans les roues des policiers, et le quelqu’un en question pourrait bien être très haut placé, car les services secrets sont aussi sur l’affaire. Mais à déterminé déterminé et demi : Lucien est plus résolu que jamais à retrouver le tueur. Même s’il lui faudra pour cela comprendre comment son portrait-robot peut correspondre à celui d’un homme mort depuis plus d’un an…

 

Voilà un bien curieux roman. On y flotte aux côtés de Lucien dans une sorte de rêve éveillé poisseux, et comme lui on sursaute de loin en loin face à l’horreur de certaines situations. Le cercle d’argent apparaît par conséquent comme un possible trait d’union entre les trois personnalités de l’auteur. Emmanuel Errer semble ainsi avoir sollicité son avatar gore Nécrorian pour écrire les scènes de meurtres, de même qu’il pourrait bien avoir consulté Jean Mazarin pour situer son Polar dans un futur immédiat peu reluisant…

 

Quoiqu’il en soit, le dosage est excellent, et ce livre publié en 1992 au Fleuve Noir n’a pas pris une ride. Mais ça n’a rien de surprenant, tant cette remarque s’applique à tous les Noirs signés Errer. Qu’ils soient servis serrés, frappés ou glacés.

 

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 181, juillet / août 2016.

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