Ceux qui grattent la terre - Patrick Eris

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le fardeau de l’homme noir : Ceux qui grattent la terre, de Patrick Eris.

 

Patrick Eris est une sorte de phénomène. Romancier, nouvelliste, éditeur, traducteur, l’homme est présent depuis déjà longtemps sur tous les fronts de la littérature populaire. Après avoir utilisé le pseudonyme de Samuel Dharma pour faire ses armes dans les collections Espionnage et Anticipation du Fleuve Noir, il dirige aujourd’hui sous son vrai nom – Thomas Bauduret – les exigeantes éditions Malpertuis en compagnie de Christophe Thill. Entretemps, il aura signé de nombreux romans – dont un Poulpe –, un recueil de nouvelles – Docteur Jeep – et travaillé avec Nemo Sandman sur la fameuse série Blade jusqu’à sa conclusion en 2011.

 

Un parcours d’exception, et bien trop riche pour en donner ici davantage que ce léger aperçu. D’autant que la bibliographie de l’auteur vient encore de s’étoffer. Ceux qui grattent la terre est paru tout récemment aux Éditions du Riez. Un superbe titre, inquiétant à souhait, dont l’impact se trouve encore amplifié par la remarquable illustration de couverture réalisée par Philippe Jozelon. Ceux qui grattent la terre, ou le grand retour de Patrick Eris au Thriller.

 

Karin Frémont est une jeune femme aussi attachante que fragile. Fragilisée, même, car elle se trouve sans emploi depuis deux ans, et cette situation lui pèse de plus en plus. À tel point que son embauche par le célèbre Harald Schöringen, expert ès occultisme, lui paraît trop belle pour être vraie. Le riche intellectuel, reclus dans son gigantesque appartement à Montmartre, la met aussitôt en confiance en lui donnant des responsabilités. Sous des dehors austères, il se révèle en définitive assez amical et prévenant. Bref, Karin semble enfin voir le bout du tunnel. Hélas, d’autres ombres déjà se profilent. Il y a ces rêves effroyables. Ces bruits derrière les murs. Et une vision, terrible. Celle d’un « homme noir » paraissant surgi de nulle part…

 

Suite à divers incidents, Schöringen décide de quitter la ville. Il charge Karin de leur trouver une maison à la campagne. Celle-ci s’acquitte de sa tâche avec célérité, espérant ainsi laisser derrière elle les légendes urbaines qui la hantent. Las, c’est justement le moment que choisit Patrick Eris pour appuyer sur l’accélérateur. Après avoir patiemment tissé sa toile, l’auteur-araignée va fondre sur sa proie, non sans avoir semé au préalable nombre d’indices en forme de chausse-trappes pour mieux bousculer les étiquettes tout en faisant basculer le réel.

 

Ceux qui grattent la terre, c’est un peu comme une rencontre entre Serge Brussolo et G.J. Arnaud. L’œuvre du premier est d’ailleurs citée de façon allusive à plusieurs reprises au fil du récit. Quant au second, il signa jadis pour la collection Spécial-Police un roman intitulé… L’homme noir. Grâce au talent de Patrick Eris, nous retrouvons le meilleur des deux écrivains précités dans ce Thriller Fantastique convoquant aussi certains des codes les plus frappants du Giallo (fétichisme du costume, Whodunit, agression à l'arme blanche, etc). Un mélange à la fois détonnant et harmonieux, qui culminera dans un final délicieusement épouvantable.

 

J’ai débuté cette chronique en mentionnant les collections du Fleuve Noir au sein desquelles furent publiés les premiers romans de l’auteur. Afin de boucler la boucle, un autre parallèle s’impose. Car nul doute qu’en d’autres temps, Patrick Eris aurait eu toute sa place entre Marc Agapit et Kurt Steiner. Tout comme ses illustres prédécesseurs, l’homme démontre ici avec brio que la littérature de genre n’exclut ni les styles soignés ni les intrigues ciselées. Bien au contraire. Ce qui permet à Ceux qui grattent la terre de prouver que certains romans contemporains sont à même de (res)susciter de façon troublante… Les frissons de l’angoisse.

 

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 180, mai / juin 2016.

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