Trilogie Bill Hodges - Stephen King

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Sans avoir lu Stephen King durant des mois, je me suis plongé dans cette trilogie consacrée à Bill Hodges, un officier de police retraité. Dépressif, il passe ses journées devant la télévision à regarder des jeux débiles. Près de lui, un flingue qui le tente. Il le porte souvent à sa bouche. Et c'est un macabre fait divers qui va le sortir de sa léthargie. Un homme dans une Mercedes grise va foncer dans une foule de demandeurs d'emplois au City Center. Huit morts et des dizaines de blessés. Par jeu, le tueur va adresser un courrier à l'ancien flic et un contact virtuel sur la messagerie d'un site Le parapluie bleu de Debbie. On connaît vite l'identité de Mr Mercedes, un pauvre type vivant avec sa mère alcoolique, relation presque incestueuse. Mais c'est un type intelligent et minutieux qui adore bricoler des « trucs », notamment pour capter le signal d'ouverture des portières d'une bagnole. Dans ce jeu pervers entre les deux hommes, le flic va être secondé par deux alliés : Jerome, un étudiant afro-américain et Holly, une femme un peu tarée et virtuose de l'informatique. Hodges va perdre une femme aimée dans cette lutte acharnée mais aussi une raison de vivre. Empêchera-t-il une autre tragédie ? Mr Mercedes a les moyens techniques pour causer la mort d'une centaine d'innocents. Surtout qu'il a une idée en tête...

 

Nous retrouvons nos trois acolytes, quatre ans après les faits, dans Carnets noirs. Hodges a fondé une agence nommée Finders Keepers et Holly est devenue sa secrétaire. Sauf dans de brefs apartés, Mr Mercedes est absent de l'intrigue. C'est une autre histoire qui se déroule sous nos yeux. Tout débute par un cambriolage en 1978 chez un écrivain célèbre : John Rothstein, auteur de la trilogie Jimmy Gold et qui n'a rien publié depuis quinze ans. Mais il a écrit dans des carnets (165 au total) qui sont rangés dans un coffre-fort. Morris Bellamy, le cerveau de la bande a connaissance de l'existence de ces carnets, tue l'écrivain par vengeance (il ne supporte pas ce qu'est devenu Jimmy Gold et en veut à l'auteur) et planque l'argent et les carnets dans une malle. Cette malle est enfouie sous les racines d'un arbre, au bord d'un ruisseau, près de chez lui. Pour une sordide affaire de viol, il prend trente ans de prison. En 2009, Pete Saubers qui habite dans l'ancienne maison de Morris va trouver par hasard cette malle. Et l'argent qui représente 20 000 dollars. Et il va s'en servir pour aider ses parents car son père est handicapé : il faisait partie des blessés du City Center. Durant quatre ans, Pete va poster 500 dollars chaque fin de mois, sans que ses parents se doutent de la provenance de cet argent qui va les sortir de la misère. Pete est un fan absolu des livres de Rothstein et va planquer les carnets pour les compulser petit à petit. Deux romans inédits de Jimmy Gold, des nouvelles, des poésies, des essais. C'est une découverte majeure à ses yeux et des collectionneurs se ruineraient pour ces carnets intimes. Et cette idée commence à germer dans sa tête, surtout lorsque la réserve d'argent est épuisée. Arrive ce qui devait arriver : Bellamy sort de prison, liberté conditionnelle. Il est vieux et épuisé. Mais son obsession est restée la même. Reprendre la malle et lire les carnets. Il ne pense qu'à ça depuis trente longues années. Sa déception va se transformer en une haine morbide. Et il va partir à la chasse de celui qui a pris son trésor. Bill Hodges, Jerome et Holly vont aider Pete, suite à l'appel de Tina, sœur de Pete et amie de la sœur de Jerome. C'est une course contre la montre. Car Bellamy retrouve vite le responsable du sacrilège et il ne pardonne rien.

 

Fin de ronde reprend un aspect plus surnaturel que les deux autres romans. Mr Mercedes reprend du service. Je ne vais pas dévoiler l'intrigue, mais on parle de psychokinésie, de tablettes digitales (les fameux Zappits) reprogrammés, le jeu Fishin' Hole et sa démo hypnotisante, les poissons roses à choper, les étranges Dr Z et son acolyte Z-Boy... Mr Mercedes est le Prince du Suicide et Hodges est à cran pour attraper ce tueur redoutable. Sous fond de contrôle mental, King nous délivre un thriller fantastique musclé et terrifiant. Surtout par les personnages attachants et complexes. Quel malheur de quitter Holly, Hodges et Jerome. Se dire qu'on ne les reverra sans doute jamais. Une véritable tristesse après avoir lu la dernière page de cette formidable trilogie. Le deuxième opus est un peu à part, selon moi, dans la cohérence de cette trilogie. C'est plus un hommage à la littérature américaine et à J.D Salinger en particulier, sous les traits de Rothstein (un mélange de Philip Roth et de John Steinbeck ?). Les deux autres opus sont plus proches et putain que le final est émouvant. Pour ne rien vous cacher, j'ai même versé une larme. King a fait le boulot comme jamais. Gloire à William Kermit Hodges, le Off-Ret. Un toufu policier au grand cœur.

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