Noir et rouge, vu par Zaroff

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Quelle excellente idée d'avoir composé l'intégralité des nouvelles d'Artikel Unbekannt/Schweinhund (et plusieurs inédits) de la part de Rivière Blanche. C'est une palette large de genres, du récit noir au fantastique suranné. L'auteur commence fort en nous délivrant un À mourir de rire au charme angoissant, une lente phobie dont le rire est l'axe central. Publiée à l'origine dans la septième anthologie de Malpertuis, cette nouvelle a deux saveurs dignes d'un vieux Marabout Fantastique : la froideur d'un Maupassant et le retrait d'un Shelley. Folie et fuite. Mais on n'échappe jamais totalement à son destin. Surtout sous l'écho d'un rire rédempteur.

Rouge, couleur dominante d'un crime d'enfant. Couleur d'une névrose qui nécrose le narrateur. Rouge cardinal d'une religion expiatoire. Texte paru dans le recueil Histoires d'aulx en 2011.

Très beau conte inédit que nous propose Passé décomposé. Sous fond de sorcellerie, c'est une histoire d'amour digne d'un récit de Claude Seignolle. L'atmosphère m'a rappelé les intrigues que je lisais chez Marabout durant ma jeunesse. Très belle écriture, une véritable réussite.

En italien, Jaune se dit Giallo. Récit formant un diptyque coloré avec Rouge (chroniqué quelques lignes plus haut) dans l'anthologie Histoires d'aulx. Je ne veux pas dévoiler ce suspens à tiroirs, mais le vampirisme n'est pas loin et le thème de la possession est dévoilé par petites touches.

Les admirateurs de Lovecraft devraient se délecter de Retour aux sources tant ce petit récit fleure bon la vase. Avec un côté Hodgson non négligeable, j'ai littéralement adoré cette nouvelle inédite. Un curieux testament et un homme qui part à la recherche de son passé. Une maison maléfique et un secret monstrueux. De quoi en tirer un roman ! Chapeau l'artiste.

À feu et à sang est un clin d'oeil envers la comtesse noire et la comtesse Carody incarnées dans le film « Vampyros Lesbos » avec Linda Romay dans le rôle phare. Récit en forme d'hommage à Jess Franco, il fut publié en 2015 dans l'anthologie « L'almanach des vampires 2 » chez Rivière Blanche. Tout débute par une somptueuse fellation sur la plage par une belle inconnue. Un jeune homme va se retrouver dans les griffes de cette femme étrange qui ne survient qu'à la nuit tombée. Thème de la possession sexuelle rondement mené. Ce texte termine la première partie « Slices Of Death » regroupant les six histoires décrites ci-dessus.

La deuxième partie nommée « Pulp Is Not dead » contient six textes également. Dark night est une sorte de fanfiction, une préquelle de deux personnages de comics pour questionner le traumatisme subi par l'un d'entre eux. Texte paru dans l'anthologie « U-Chroniques » en 2012 par ImaJn'ère et Sous La Cape. Avec La tension de la stratégie, j'ai découvert l'univers Hexagon Comics et un de ses personnages : Wampus, entité diabolique métamorphe issue du cosmos. Vague d'attentats en Italie, deux inspecteurs sont chargés de trouver le criminel. Mais Wampus va prendre l'apparence de l'un d'entre eux. Seul l'ex-agent du contre-espionnage français Jean Stern connaît la véritable identité du malfaiteur de l'espace. Aventure publiée en 2013 dans l'anthologie « Dimension Super-Héros 2 » chez nos amis de Rivière Blanche.

Alienation possède un ton SF très Mathesonien. Un voyage vers Aenigma qui doit durer trente ans. L'équipage se compose de deux humains et d'une dizaine d'androïdes. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. Surtout qu'une femme est enceinte. Nouvelle parue dans le recueil « Créatures 2 » chez Otherlands en 2015. Le masque et la marque et Le péril jaune sont deux pastiches assumés par l'auteur envers des Maîtres de la collection FN Angoisse. Particulièrement André Caroff, Paul Béra et Maurice Limat. Et également l'auteur des Bob Morane, Henri Vernes. Forcément on y retrouve Léonox affrontant Méphista, L'Ombre Jaune, Miss Ylang Ylang, Madame Atomos. Ces deux hommages ont parus respectivement dans les anthologies 13 et 19 des « Compagnons de l'Ombre » chez Rivière Blanche en 2014 et 2016.

Pourquoi Pierre-Alexis Orloff, l'auteur de la série Panthera, a-t-il mis trois ans pour publier le troisième volume malgré ses deux précédents succès ? Vous le saurez en lisant Travaux forcés, oeillade complice à Rivière Blanche. Et nous arrivons déjà à la troisième partie « No Future » et ses trois nouvelles. Japon, année zéro et son trio maléfique. Deux hommes amoureux d'une seule femme. Une haine farouche de l'un d'eux et leurs destins tragiques. Enseignement, rationalité et virilité cruelle sous fond d'apocalypse nucléaire. Un récit incroyable et beau dans toutes les largeurs. Paru à l'origine dans l'anthologie « Rétro-Fictions » par ImaJn'ère. Et nous découvrons après mon gros coup de cœur : Angst. Berlin, 1946. La forêt de Grunewald. Le site de Teufelsberg. L'unité Werwolf. Deux anciens nazis qui se retrouvent et des crimes abominables aux abords de cet endroit maléfique. L'aspect documentaire de ce texte inédit ne trahit en rien une intrigue magistrale. Une sorte d'uchronie qui mêle la lycanthropie, la folie des hommes et le mystique. C'est remarquable d'efficacité.

Caïn et la belle fut d'abord publié dans le recueil « Riposte Apo » en 2013 par ImaJn'ère. Apocalypse après le 21 décembre 2012. Un homme émerge d'une cellule dévastée et contemple les cadavres autour de lui. Presque amnésique, il reconnaît certains réflexes en s'emparant d'une Kalach. Puis il aperçoit une femme près d'un arbre. C'est beau et violent.

Cette troisième partie est ma préférée de toutes. Indéniablement. Mais on papote... et voici la quatrième et dernière catégorie « White Trash ». Pas moins de quinze textes à vous mettre dans les tripes. Les huit premiers furent intégrés dans la fabuleuse anthologie « Dimension Trash » chez Rivière Blanche en 2015. Et c'est le Schweinhund qui s'y colle. Thèmes freudiens, névroses assumées, tout est bon pour vous filer la gerbe. Quelques hommages à GORE et TRASH démontrent la passion de l'auteur pour ses lectures et son propre microcosme sanglant. 1985-1990, La chambre noire, Légion, Quinze minutes, Bon sang ne saurait mentir, Löwenacht, Profondo nero, 2013-2016. Rien que ça !

Une phrase empruntée au groupe Front 242 a inspiré le récit Contre-nature, paru dans « Les Contes Rouges » par Les Artistes Fous Associés en 2015. Neuf histoires courtes forment un ensemble cohérent sur les troubles de l'enfantement (si j'ai bien tout compris !). S.O.S nous plonge dans la peau d'un véritable tueur en série durant un été caniculaire en 1977. Avant le passage à l'acte. Lente déambulation psychotique digne d'un Robert Bloch. Texte inédit.

Tranche de vie inédite dans Confrontation. Des étudiants qui foutent la merde le jeudi soir. Et trois hommes qui se rencontrent par hasard et qui se comprennent. On sent que le pire sera évité. Du moins en actes. L'altro inferno avait été posté sur notre forum lors de notre troisième hors-série consacré à l'enfer sous fond de rédemption, d'attirance gothique et inquisitrice.

Blutwurst est la résurgence d'un souvenir de concert en Belgique. Le pays de Marc Dutroux. Effigie du mal vécue par un enfant. Très glauque. Et terriblement vrai. Deux préfaces dédiées à Kââ et Corsélien (Pascal Marignac) terminent ce recueil. L'oeil du serpent et Corps et liens sont parus respectivement dans les deux tomes « Corps et liens » chez Rivière Blanche en 2016.

Pour le digestif, l'auteur répond à quelques questions soumises par votre serviteur Zaroff. Entretien plus complet ici et .

 

Pour conclure, malgré la petite taille de ce recueil (218 pages), il peut s'avérer être une bible pour les écrivains débutants, tant il distille une diversité de genres et d'approches littéraires. Certains récits seront difficilement abordables par leurs niveaux de compréhension et d'autres seront plus lisibles. Qu'importe. Ce recueil prouve qu'on peut tout faire avec les mots si on sait les manier. Et surtout, il démontre que l'horreur est au même rang que la littérature classique. Un genre mineur ? Ouvrez ce livre et faites marcher votre intellect. Tout n'est que questionnement identitaire dans ce bouquin. Du fœtus à la mort. Et les personnages réagissent en fonction de leur substance propre. En bien ou en mal, c'est selon.

 

Rappel du lien d'achat. Et je profite de l'occasion pour vous souhaiter, chers visiteurs, de joyeuses fêtes de fin d'année. On vous retrouvera en 2017 pour encore plus de bouquins à découvrir. N'est-ce pas que la vie est belle ?

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Zaroff et l'infâme Léonox 26/12/2016 23:13

Merci à toi pour ce beau moment de lecture.

Léonox 26/12/2016 10:57

Oui, c'est vrai que la vie peut être belle, parfois. En tout cas, si j'en juge par le statut qu'ils viennent de poster sur certain réseau "social" bien connu, c'est ce que pensent les deux auteurs de "Noir et rouge". Ils y qualifient la chronique ci-dessus de "somptueuse". Et ils n'exagèrent pas. Merci beaucoup.