Midget Rampage / Ravageuse - Partie 1

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Midget Rampage / Ravageuse - Partie 1

Midget Rampage/ Ravageuse : Patron, un double !

Selon mes sources, il existerait encore en France des gens qui ne connaissent pas Le Carnoplaste. C’est très surprenant. Car cette remarquable maison d’édition dirigée de main de maître par le tueur de pintades Robert Darvel est spécialisée dans les fascicules à l’ancienne. Un format inhabituel, qui pourrait suffire à la distinguer du reste de la production hexagonale. Mais ce n’est pas tout. Car il n’y a pas que la taille qui compte.

Il y a la qualité, aussi, comme le prouve un catalogue riche d’une quarantaine de titres, dont se distingue ce volume deux fois plus dodu que ses petits camarades. Et pour cause. Il s’agit en effet d’un cover to cover conçu selon le principe du double programme cher aux salles de cinéma d’exploitation et autres drive-in américains. Deux auteurs mystérieux, deux récits indépendants unis par un thème commun (ici celui du Rape and revenge) pour un seul et même ouvrage paré de deux magnifiques couvertures réalisées par Francisco Varon et Christophe Swal : en résumé, deux fois plus de tout, et s’il y en a un peu plus, Le Carnoplaste vous le met quand même.

Honneur aux hommes (le sexisme ne passera pas par moi), commençons par examiner Midget Rampage, dû au désormais fameux… Julian C. Hellbroke. Oui, le Julian C. Hellbroke auteur de Garbage Rampage chez TRASH Éditions. Nous y voilà. Midget Rampage, le nain au costume de sang narre donc par le menu (hmm…) et comme son titre complet le suggère les trépidantes aventures d’un sympathique avorton, mascotte d’une équipe de football américain qui, non content d’avoir découvert l’ampleur de la corruption gangrénant sa ville, va se mettre en tête de la combattre. Bien entendu, notre mini-héros va avoir affaire à forte partie, sinon ce ne serait pas drôle, et son parcours ô combien accidenté le verra souffrir mille morts, infligées par médecin nazi argentin et autres tueurs à gages cannibales…

Rythmé par des séquences d’action au découpage exemplaire et à l’enthousiasme communicatif, Midget Rampage ressemble ainsi à un catalogue de tout ce qui fait le piment du cinéma de mauvais genre : ultraviolence de bon aloi, méchants sadiques et charismatiques, héros iconique et, en guise de cerise sur ce gâteau déjà bien appétissant, une pincée d’érotisme, grâce à quelques jolies scènes d’une délicieuse gratuité. Dans une ambiance de Slasher mâtiné de polar urbain judicieusement typée 80’s, l’auteur développe avec générosité un « Betrayal, torture and revenge » plus grand que nature, et rend un hommage sincère aux acteurs nains Weng Weng et Nelson de la Rosa (inoubliable interprète de Ratman), allant jusqu’à donner le doux prénom de ce dernier à sa mascotte justicière.

Si la tonalité d’ensemble reste délibérément généreuse, festive et gore, ces outrances n’empêchent en rien le lecteur de s’attacher à l’infortuné Nelson. Le parti pris « Mon nain, ce héros » était risqué, mais Julian C. Hellbroke relève le défi haut la main en trouvant un judicieux équilibre entre trash (déjà) et émotion. En effet, l’auteur réussit la prouesse de réaliser un pur bouquin d’exploitation jonglant avec les codes populaires les plus tapageurs, sans jamais se vautrer dans le voyeurisme condescendant ni dans le cynisme post-moderne.

Le tout étant rédigé d’une manière extrêmement visuelle et dynamique, qui n’est pas sans rappeler le style enlevé des deux Green Tiburon déjà parus chez le même éditeur, on ne peut que souscrire à cette vibrante déclaration d’amour à l’égard du cinéma d’exploitation, doublée d’un pertinent plaidoyer pour la différence. Précisons enfin que Midget Rampage, contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, n’est pas une préquelle de Garbage Rampage. Ce sont deux récits bien distincts, même s’ils ont pour point commun de restituer avec brio l’ambiance des vidéoclubs d’antan. En termes clairs, les « Rampage » de Julian C. Hellbroke, c’est du vrai Pulp dans le texte. Ni plus, ni moins. Mais c’est déjà beaucoup.

Lire la chronique de Zaroff pour Midget Rampage !

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Julien Heylbroeck 17/09/2016 10:11

Merci à vous deux pour ces chro' que je me souviens avoir dégusté. Ecrire ce fascicule a été un vrai plaisir et je trouve que j'ai la chance d'avoir une illustration splendide pour la couverture.
Un travail dont je suis particulièrement fier.
Alors merci :)