Le retour du taxidermiste - François Darnaudet

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Contes de la folie (extra)ordinaire : Le retour du taxidermiste, de François Darnaudet

François Darnaudet n’a que 26 ans lorsque paraît Le taxidermiste (écrit à quatre mains avec Thierry Daurel), premier roman de ce diptyque halluciné. Et le moins que l’on puisse dire est que l’homme y fait déjà montre d’un talent... fou, ce qui tombe plutôt bien dans un tel contexte. Après ce coup d’éclat, l’auteur se construit une brillante carrière, fréquentant tous les mauvais genres de la littérature populaire (du Polar au Fantastique sous oublier le Gore) et passe tout naturellement du Fleuve Noir à la Rivière Blanche au milieu des années 2000.

Rivière Blanche qui réédite donc Le taxidermiste en 2008, accompagné de sa suite inédite Le club des cinq fous, rédigée par le seul François Darnaudet. Et comme si l’objet n’était déjà pas assez étrange comme ça, ce recueil intègre la collection « Blanche » de l’éditeur, laquelle a pour vocation d’accueillir des textes relevant de la Science-fiction, du Space opera ou du Post-apo ! Mais ne nous y trompons pas : Le retour du taxidermiste appartient bel et bien au genre Noir, même s’il faut admettre que l’auteur y a injecté une solide dose de rouge…

Albert Cziffram, Hector Balsinfer, Ali M’Gari et Jacques Marioton sont cinglés. Complètement cinglés. Le quatuor a pour habitude de se réunir dans une bibliothèque du cinquième arrondissement pour échafauder d’absurdes théories et poursuivre d’obscures recherches. Jusqu’au jour où la découverte d’un traité ésotérique intitulé Bedouck, et plus particulièrement le chapitre La réincarnation par la taxidermie, va faire atteindre le point de non-retour à trois des quatre olibrius. Trois seulement, car Jacques Marioton a franchi la ligne depuis un bon moment, et la taxidermie n’a déjà plus de secrets pour lui. Ou presque.

Jacques Marioton est un tueur de femmes. Mais plutôt que des les empailler, il préfère leur faire avaler toutes sortes de métaux avant d’étudier les réactions de leur organisme. Une approche de la taxidermie originale, à défaut d’être concluante. Seulement l’homme a commis une erreur. Il s’en est pris à la petite amie de l’inspecteur de police Charles Jabert. C’est ainsi que le roman rejoint le genre Noir par la bande. En effet, s’ils présentent en détail les activités dégénérées de la confrérie, les deux auteurs n’en oublient pas pour autant de décrire l’enquête menée par Jabert. Jusqu’à l’inévitable et fatale rencontre entre tous les protagonistes…

Prolongement direct du premier opus, Le club des cinq fous, écrit par François Darnaudet en 1990, était resté inédit jusqu’à cette édition « intégrale ». Et il aurait été vraiment regrettable de ne pouvoir découvrir un tel roman, tant il pousse le principe du fameux « bigger and louder », utilisé pour qualifier la surenchère propre aux suites, dans ses derniers retranchements. Plus de meurtres, plus de gore, plus d’iconoclasme, plus d’échanges débridés et d’expérimentations démentes : les fous ont recruté de nouveaux adeptes, et ça se sent ! D’autant plus qu’Albert Cziffram a mystérieusement disparu, et que les membres de la secte sont prêts à payer de leur personne pour qu’il revienne parmi eux. Enfin, prêts à faire payer d’autres personnes, surtout… Le club des cinq fous s’avère ainsi encore plus haut en couleur et généreux que son prédécesseur (ce qui n’est pas une mince performance) et constitue une expérience de lecture aussi singulière que plaisante.

Véritable curiosité, Le retour du taxidermiste est donc à conseiller sans réserve à tous les amateurs de romans noirs qui sortent vraiment des sentiers battus. Assurément, ils ne seront pas déçus du voyage. À condition qu’ils en reviennent sains (d’esprit) et saufs, bien entendu.

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