Entretien avec Nelly Chadour # Part 2

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Entretien avec Nelly Chadour # Part 2

Quand y en a plus, y en a encore. C’est que dame Chadour a des choses à dire. Et les membres de L’Écritoire ne sont pas en reste. Mais notre Plumitive Punitive en a vu d’autres, et a vaillamment continué à faire front seule contre toutes et tous. Ça tombe bien, les restes, on aime bien ça, sur ce blog. Surtout quand il y en a assez pour rassasier nos lecteurs.

Eimelle :

Coucou Nelly ! Une femme de caractère avec plein de talent ! Moi aussi, j’ai des questions. La principale : comment fais-tu pour tenir le coup ? Je veux dire, moi, après 7 à 8h de boulot, je suis rincée, tellement crevée que je suis incapable d'écrire. Le week-end : pareil. Tellement rincée que je ne peux pas, et quand je veux, le temps de me mettre dans l'ambiance, de me lancer (peur de la page blanche), il me faut plusieurs jours d'affilée (que je n'ai pas !)

Ma deuxième question : comment tu corriges tes textes pour qu'ils soient bien propres ?

Ma troisième question : est-ce qu'à présent que tu as du réseau (trash, Rivière Blanche, Les Artistes Fous), tu vas aux projets ou les projets viennent à toi ? Je veux dire : est-ce qu'on t'appelle régulièrement pour te demander tel écrit sur tel sujet ? Si oui, au bout de combien de publications cela s'est-il produit ? Comment en es-tu arrivée à cette étape ?

Quatrième question : est-ce que tu écris toujours seule ou avec un éditeur qui te relis régulièrement et te guide (comme le très apprécié et sollicité Léonox) ?

Et cinquième question : combien de temps as-tu attendu avant de pouvoir publier régulièrement ? Outre tes essais chez Gallimard et autres, est-ce que tu as essuyé beaucoup de refus lors d'AT, ou tout est passé nickel dès le premier coup (un peu à la manière Bruno Pochesci) ?

Voilà. Ceci était un interrogatoire en règle.

Nelly C. :

Faut pas lancer des défis à Eimelle avec une épée en plastoc, elle revient aussitôt avec un tank. Meuh ! Le truc un peu ennuyeux, c'est que tu vas vite découvrir à travers mes réponses qu'il n'y a pas de cocktail magique ou de réponse-épiphanie, chaque auteur a un mode de fonctionnement qui lui est propre, une énergie intérieure qui n'appartient qu'à lui.

1. comment fais-tu pour tenir le coup ?

L'envie de raconter de me libérer des histoires qui encombrent mon esprit, peut-être ? Je ne tiens pas le coup à proprement parler, mais le fait d'avoir réussi à me libérer un peu de temps (je bosse 32h au lieu de 35 et depuis chez moi ce qui me libère une heure et demie supplémentaire que je perdais dans les transports) a été salutaire. Mais des fois, l'esprit et le corps ne suivent pas et je me traîne comme un golem en plomb. De toute façon, je vais bientôt voir une psy et je suis sous bêta bloquant car la fatigue me ruine un peu la vie. Si ça n'altère en rien mon travail en tant qu'auteure, je risque de sérieuses emmerdes dans mon couple et mon job alimentaire.

Et pour ce qui est se mettre dans l'ambiance, je suis toujours dans l'ambiance de mon récit, même au quotidien. Je dois être un peu autiste et de ce fait, je me force à sortir un peu, à voir des amis, sinon, je suis bien partie pour vivre en ermite.

2. comment corriges-tu tes textes pour qu'ils soient bien propres ?

Certains auteurs laissent un peu décanter après le premier jet, afin d'avoir du recul, de mon côté, je me lance tout de suite dans la correction. Le recul, je l'ai dès le début, l’avantage, peut-être, d'avoir un œil très critique et une estime de moi assez mauvaise ? Enfin bref, toujours est-il que je m'impose une correction très sévère (en tout bien tout honneur, rhooooo !)et que je repasse toujours trois fois sur mon texte. Même au bout de trois fois, cependant, je laisse passer des conneries, mais une connerie par page, aux yeux d'un éditeur, je pense que ça reste pardonnable. Ah et puis, je dois remercier Robert Darvel du Carnoplaste qui, à travers ses corrections du premier Diane, m'a montré comment fluidifier encore plus mon texte. Moi qui avais tendance à charger la mule de mots malmenés (huhu), j'ai appris à alléger un max en mémorisant un peu les notes de mon éditeur-correcteur.

3. est-ce qu'à présent que tu as du réseau, tu vas aux projets ou les projets viennent à toi ? Je veux dire : est-ce qu'on t'appelle régulièrement pour te demander tel écrit sur tel sujet ? Si oui, au bout de combien de publications cela s'est-il produit ? Comment en es-tu arrivée à cette étape ?

Je vais essayer de donner une réponse d'ensemble : les projets ont commencé à venir à moi après la publication de ma première nouvelle éditée chez Malpertuis. Je me suis constitué un réseau car j'ai eu du bol, il se trouve que Romain d'Huissier, Julien Heylbroeck et Robert Darvel avaient écrit une nouvelle dans cette même anthologie. J'ai vite sympathisé avec Romain qui fréquentait le même forum ciné que moi. Comme il cherchait des auteurs pour Dimension Super Héros chez Rivière Blanche, il m'a proposé une petite place. Ce que j'ai accepté, bien entendu. Et j'ai écrit la Disgrâce de Cagliostro. Robert Darvel, qui publiait un fascicule de Romain chez le Carnoplaste, a lu ma nouvelle et elle lui a plu. Le sujet était pile dans ce qu'il recherchait pour une série de fascicules façon Angélique et il a fait appel à mes services pour ce qui serait plus tard les Aventures de Diane d'Aventin. Ensuite, Julien m'a proposé d'écrire pour TRASH et les choses se sont enchaînées toutes seules. Même les Artistes Fous, c'était du réseau depuis le début car Maniak, leur dessinateur, est un vieil ami qui aimait bien les conneries que j'écrivais sur les forums. Ils ont donc spontanément fait appel à moi pour les Contes Roses et Marron. En revanche, les autres publications chez eux sont des réponses à leurs AT. Mais si on fait un bilan, en bref, la moitié de mes publications sont des commandes, donc oui, on fait régulièrement appel à ma plume.

4. est-ce que tu écris toujours seule ou avec un éditeur qui te relis régulièrement et te guide (comme le très apprécié et sollicité Léonox) ?

La première phase d'écriture et de relecture, je suis toujours seule. Puis quand j'ai bien corrigé mon texte, il peut m'arriver de faire appel à un bon ami qui a l’œil sur les trous de scénar pour lui proposer le boulot fini. Il aime beaucoup les Aventures de Diane donc, ça lui fait plaisir et ça m'aide beaucoup. Mais la plupart de mes travaux sont envoyés après un travail en solitaire. Sous la Peau, je l'ai envoyé sans autre point de vue que le mien à Léonox, qui m'a fait corriger deux trois trucs et coquilles et raccourcir le dernier chapitre trop long. Sinon, je ne sollicite personne pour trouver des idées, j'arrive à éviter les écueils de la page blanche et les conseils que je reçois après envoi sont souvent sur la forme. Même si le copain cité précédemment avait repéré pas mal de trucs qui ne marchaient pas sur le deuxième Diane. Ses conseils ont grandement amélioré le récit.

5. Naëlle a déjà posé le même genre de question. Alors pour simplifier, disons que j'ai attendu presque 20 ans avant d'être publiée et tout de suite, les choses se sont faites régulièrement. J'ai dû avoir deux-trois refus d'AT (Malpertuis, surtout) depuis 2011, mais ça va.

Similien :

Qu'en est-il du lectorat ? Des fidèles, des "fans" qui te suivent réellement (pas au sens propre, hein) ou surtout le lectorat habitué des différents éditeurs qui te publient ? Arrive-t-il que des lecteurs achètent un ouvrage collectif uniquement pour pouvoir lire ton texte ?

Schootswater :

C'est mon cas !

Nelly C. :

On le tient, on le tient, le lecteur fidèle ! Enfin ça fera deux avec un autre fidèle lecteur qui se fait appeler Phil le Poulpe et qui me suit depuis ma première nouvelle chez Malpertuis, c'est marrant. Ceux que mon boulot intéresse vraiment doivent se compter sur les doigts d'une main, pour l'instant, car je crois surtout qu'on me lit plus particulièrement par rapport aux éditeurs qui me publient. Mais si tu veux une vraie et bonne réponse précise et non à base de "je crois" et "je pense", je vais être obligée d'établir une fiche de chaque lecteur. D'ailleurs : Bonjour, M.Schootswater, c'est pour un sondage...

Françoise GRDR :

Je suis la troisième fan, si, je t'assure !!! Je regarde si ton nom figure dans un recueil avant de me décider à tourner les pages et à acheter (mais pour l'instant, je me calme sur les achats...)

Similien :

Fidéliser un lectorat est si difficile, pour les nouvellistes... Plus que pour les romanciers, j'imagine. C'est déjà très chouette que tu puisses compter sur des personnes comme Schootswater mais, tout de même, au regard de ta bibliographie, ce doit être frustrant...

Léonox :

(Nelly, je me permets)

Similien, Nelly éprouverait peut-être une vague frustration (et encore, pas sûr que ce soit bien le genre de la maison, mais bon) si elle n'écrivait que des nouvelles. Seulement c'est très loin d'être le cas. Entre ses deux fascicules au Carnoplaste, son roman chez TRASH et son recueil Sibilla chez Rivière Blanche, son nom figurera bientôt seul sur quatre volumes distincts.

Et en effet, miser sur le format long si on a l'ambition de "fidéliser un lectorat" est préférable. Parce que les gens comme Schootswater, Françoise et Phil le Poulpe sont des exceptions. A part eux, je ne connais personne qui achète une antho pour lire un seul texte. Personne. Avant de rencontrer ce fou furieux de Poulpe, je croyais même qu'il s'agissait d'une légende urbaine.

Géraldine BM :

Merci Nelly pour toutes ces infos. C'est sympa de partager ton parcours. C'est très instructif, et ça me fait me sentir moins à l'ouest, parce que c'est du vécu et que tu le racontes bien, avec beaucoup d'humour même si tu as des passes pas faciles.

Nelly C. :

Merci, Géraldine, c'est gentil. J'espère que ça reste instructif même si c'est très personnel.

Pour en revenir au lectorat, on prend peut-être le problème à l'envers. Sans sous-estimer l'importance des lecteurs bienveillants et fidèles, qui sont aussi essentiels au bouche à oreille, j'ai pour premier souci d'écrire un texte qui me plaise et susceptible de plaire à l'éditeur qui m'aura accordé sa confiance ou à qui j'envoie une soumission (coucou Catherine)

Se soucier de fidéliser un lectorat, ce serait vouloir satisfaire tout un groupe d'individus avec des attentes aussi variées que leur caractère, et les risques de tomber dans le fan service sont grands ! ("tiens, ce lecteur-ci et ce lecteur-là aimeraient une scène d'amour saphique à chaque chapitre pour les prochaines aventures de Diane. C'est partiiiiiiiiiiii !")

Quant à la frustration, j'estime déjà avoir fait un grand pas en avant en accrochant l’œil d'une jolie poignée d'éditeurs, je laisse les goûts de chacun et la chance amener leur moisson de curieux (j'ose pas encore dire "fans")

(D'ailleurs, ma page Facebook ouverte depuis 2 ans s'enrichit très lentement, mais il y a plein de "likers" que je ne connais absolument pas et qui ne sont même pas des amis d'amis. Je trouve que c'est un signe très encourageant)

Naëlle :

Nelly ! Je suis allée fouiner du côté de Facebook et j'ai trouvé ta page d'auteur. J'ai cru comprendre que tu fais partie d'une troupe de théâtre. Ma question est donc : est-ce que ça t'aide d'une quelconque façon dans l'écriture ? À faire des dialogues plus réalistes, ou bien à avoir une narration plus pêchue, ou que sais-je ? Est-ce que ça te donne envie d'écrire des pièces de théâtre orientées horreur, fantastique et tout le toutim ? Je suis sûre qu'on tient un filon !

Nelly C. :

Oups ! Naëlle qui poste pile poil quand je réponds !

Si le théâtre m'aide dans l'écriture, la réponse est oui, et c'est la même chose pour le cinéma, le musique, le dessin. Bref, le fait de goûter à plusieurs cultures m'est d'un grand secours ! Le dessin et le cinéma ont développé une imagination visuelle, la musique génère un rythme et des images, et le théâtre est nickel pour élaborer des dialogues qui sonnent juste, comme tu as dû le deviner, mais aussi pour retranscrire les émotions des personnages. En effet, on m'a souvent répété pendant les cours, et au sein de la troupe, qu'il fallait essayer de ressentir les émotions du personnage et non faire semblant (pourtant, j'ai pas encore réussi à pleurer sur scène, meeeerdeuh !)

Pour ce qui est d'écrire une pièce, une ancienne copine avait pour projet qu'on écrive un slasher en trois pièces-cuisine, mais l'idée et l'envie sont mortes avec notre amitié. Ça reviendra peut-être un jour, qui sait ? Pour essayer de ressusciter le Grand Guignol ? Mais je ne me sens pas encore prête à sauter le pas.

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