Entretien avec Nelly Chadour # Part 1

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Entretien avec Nelly Chadour # Part 1

Naëlle, l’une des administratrices du forum L’Écritoire Des Ombres, a eu l’excellente idée d’initier un dialogue avec l’auteure de Sous la peau et des Aventures de Diane d’Aventin. Ni une ni deux, les autres membres du forum se sont aussitôt engouffrés dans la brèche, et non dans Nelly, afin de la soumettre à la question. Mais Nelly n’est pas de celles que l’on soumet.

Naëlle :

En regardant ta bibliographie, je remarque que tes premières publications remontent à quatre ans, et que depuis, pfiouuu ! ça s’enchaîne ! Alors dans un premier temps, les questions lambda : depuis combien de temps tu écris ? Et quand est-ce que tu as commencé à te dire que publier, ça serait une chouette idée, et que tu as envoyé des textes à des AT ? Combien de temps entre les premières soumissions et le premier « oui » ?

Nelly C. :

Depuis mes premières rédactions, à 8 ans. Je me suis rendu compte que ma plume n'était pas dégueu du tout quand mon institutrice a confié à ma mère qu'elle gardait toujours mes compositions pour la fin, car elle était sûre d'en apprécier la lecture. Du plus loin que je me souvienne, j'adorais créer des histoires, je dessinais des petites BD par paquet de cent (merci papa qui me ramenait des tonnes de ramettes de papier du boulot), et puis j'emmerdais ma mère quand elle me racontait des histoires car je ne les trouvais pas à mon goût et je voulais toujours ajouter mon grain de sel. Et finalement, voir qu'une grande personne autre que mes parents, trouvait de l'intérêt à ce que j'écrivais a été un déclic. J'allais être écrivaine et je n'en ai pas démordu.

Quant à l'envie d'être publiée, elle m’est venue au collège. Bon, ça va être moyen rigolo à révéler, mais j'étais très seule et suicidaire et je voulais laisser une trace de mon boulot. J'ai donc commencé un recueil de nouvelles, puis un roman de fantasy. J'ai lâché le premier et continué le second que j'ai terminé à 18 ans. La psyché allait un peu mieux mais j'étais toujours bien décidée à être publiée. J'ai donc envoyé le manuscrit un peu partout chez de gros éditeurs : Fleuve Noir, l'Atalante, etc. Mais, soyons honnête, je ne suis pas Rimbaud, ce roman était du grand n'importe quoi merdique et aurait-il été correct, même 20 ans auparavant, les gros éditeurs étaient assez élitistes.

Bref, comme Sœur Anne, je n'ai rien vu venir. Je n'ai pas baissé les bras, j'ai écrit un deuxième, puis un troisième roman qui ont suivi le même parcours et ont été refusés. A l'époque, je ne savais absolument pas qu'il y avait des petits éditeurs et je ne répondais donc à aucun appel à texte car je n'avais aucun écho, aucune idée de la façon de commencer à mettre un pied dans l'édition. Puis une copine à qui j'avais confié mes rêves irréalisables me parle de l'AT pour les éditions Malpertuis. C'était en 2010. Quelques mois après, j'apprenais que mon texte était accepté. Ah, ma deuxième réponse répond à ta troisième question.

Zaroff et Paladin :

Ça a l’air sympa comme tout, Sibilla. C’est adapté d’une BD, non ? Ça sort quand et ça parle de quoi exactement ?

Nelly C. :

Sibilla, c’est elle : http://www.hexagoncomics.com/sibilla.htm

Une héroïne de BD des années 70, remise au goût du jour par JM Lofficier de Rivière Blanche, et comme son background n'a pas encore été très étoffé, on m'a proposé d'écrire un recueil avec de nouvelles aventures. Les personnages ne m'appartiennent pas, mais les récits, ils sont inédits, ils sont made in bibi.

Donc très basiquement, ce sont des enquêtes surnaturelles à la X Files (je la fais évoluer sur le terrain flanquée son collègue et ami, le journaliste Leonardo Verga, un sceptique indécrottable et je m'attarde pas mal sur la relation liant ces deux-là) à base de fantôme thaïlandais dégueulasse, de sorciers malfaisants, de golems et autres protagonistes d'outre-tombe. C'est du pulp assez sage avec pour seule concession un peu trash mon fantôme thaï gluant et vicieux. Si tout va bien, le livre sortira en février.

Léonox :

Joli teaser. Mais moi je veux en savoir plus. Donc : combien de nouvelles contiendra le recueil (mes sources m'avaient parlé de cinq textes, mais sont-elles fiables ?) ? Peux-tu nous donner les titres des récits, ou c'est encore trop tôt ? As-tu déjà une idée du calibrage total ? Où en es-tu de cette couverture… problématique, disons ?

Par ailleurs, peux-tu nous présenter tes nouvelles pour Dimension TRASH et Bestiaire humain ? Enfin, la question à cent sous : quels sont tes projets post-Sibilla ?

Nelly C. :

Tes sources sont fiables ou à peu près, il y aura bel et bien cinq nouvelles dans ce recueil. Cependant, la première sera une version remaniée d'une histoire déjà publiée dans le premier Dimension Super-Héros. Il me semblait important de joindre ce récit non inédit car on retrouve un des personnages dans la nouvelle centrale qui, elle, est inédite.

Les titres seront :

  1. La disgrâce de Cagliostro

  2. Un admirateur

  3. Cercles mortels

  4. Histoire de Fantôme Thaïlandais (coucou, Tsui Hark et Ching Siu-Tung

  5. Lucia

Pour le nombre de signes, là, c'est encore un peu tôt car je n'ai pas fini les corrections qui consistent à enlever du gras. Pour l'instant, j'en suis à 488k après avoir terminé un premier jet de 531k. Concernant la couverture, j'ai contacté un copain très doué qui m'a proposé un dessin plus « comics », pile dans l'esprit BD que j'avais en tête. Cependant, je ne suis pas sûre d'avoir l'aval d'un des éditeurs, apparemment satisfait de la première couverture qui transforme cette pauvre Sibilla en gothopouffe... Mais on verra, j'attends que le dessin commandé soit terminé avant de proposer un changement.

À propos des nouvelles pour Dimension Trash et Bestiaire Humain, la première s'intitule Sacré Gril (oui, oui, c'est volontaire) et relate le martyre de Saint-Laurent, devenu depuis le saint patron des cuistots. Mais tout est raconté du point de vue du bourreau, un joyeux gaulois sadique versé dans les arts du supplice et le défonçage de culs masculins. Pour Bestiaire Humain, j'ai proposé un texte, d'Encre et de Regrets, qui suit dans le Texas des années 30, les pas d'une jeune institutrice endeuillée, traquée par une créature étrange. L'histoire s'inspire sans vergogne de la mort de Robert E. Howard. J'ai à peine changé les noms, et ceux qui ont vu le film the Whole Wide World avec Renee Zellweger et Vincent d'Onofrio seront en terrain familier.

Et après Sibilla ? Je vais reprendre les aventures de Diane d'Aventin pour un troisième fascicule et emmener mon infortunée héroïne dans un voyage de noce cauchemardesque. Puis je vais essayer de terminer deux nouvelles pour, respectivement, Rivière Blanche et les Artistes Fous et tenter un concours de nouvelles de SF pour les Utopiales de Nantes. Ensuite, suivant mon inspiration du moment, écrire la suite de Sous la Peau, ou développer deux de mes récits, Caraville et Narconir, en recueils complets, sans parler de deux projets de romans qui se sont fait une place dans ma liste des choses à écrire, et un très vieux récit d'heroic fantasy qui me fait du pied et me supplie de le remanier. Maso ! (Ah ! et j'oubliais une nouvelle pour un concours de l’Écritoire !)

Paladin :

Quelle énergie ! Tu te défonces aux amphets pour trouver l'inspiration et la pêche d'écrire tout ça ? Lire des gens comme toi me booste !

Nelly C. :

Haha, je me fais des cures de vitamine C, mais il m'arrive de m'effondrer (là, je suis en période un peu down, vite des kiwis !). Pour l'inspiration, la machine à créer marche toute seule, je régurgite enfin et en permanence des décennies de lectures et de visionnages de séries et de films. La pêche, par contre, beuh... elle est capricieuse, je suis feignasse, et ai tendance à tout remettre au lendemain, donc je me fais très souvent violence, d'une force...

Mais faut que je m'accroche aux compensations. Booster les gens, déjà, lecteurs ou auteurs, c'est gratifiant. Faire oublier à un lecteur qu'il est à l'hôpital à attendre que sa sœur sorte du bloc opératoire, ça donne carrément un sens nouveau à ce boulot, moi qui naguère n'écrivais que pour moi et j'essaie de garder en tête d'autres exemples. Donc, la pêche, j'ai vraiment besoin des autres pour l'alimenter, ce que tu viens de faire avec tes quelques mots et pour cela, je te remercie de tout mon cœur.

Léonox :

Merci pour tes réponses au sujet de Sibilla, Nelly.

Ainsi as-tu viré 43 000 signes. Ben dis donc, c'est quand même pas rien. Mais 488k, ça reste du musclé. Coïncidence amusante, tu auras donc égalé à toi toute seule le calibrage de Dimension TRASH. On devrait donc avoir droit à un beau bébé dodu d'à peu près 300 pages. Miam. Et pour la couv', je croise les doigts, parce que là c'est vraiment pas possible.

Sinon, ce passage m'a intrigué :

« Ensuite, suivant mon inspiration du moment, écrire la suite de Sous la Peau, ou développer deux de mes récits, Caraville et Narconir, en recueils complets »

La suite de Sous la peau, on en reparlera bien sûr en des lieux moins publics, mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de recueils ? À ma grande honte, je n'ai pas lu les nouvelles que tu mentionnes (d'ailleurs, justement, si tu veux nous en parler, n'hésite pas), aussi je ne vois pas trop ce que tu envisages. Tu entends écrire d'autres textes dans le même univers ou transformer ces récits en romans ? Et dans la première hypothèse, à qui les soumettrais-tu ?

Parce que ce n'est pas à toi que je vais apprendre la difficulté de placer un recueil de nouvelles (Sibilla étant bien sûr une exception à plusieurs titres : d'une part il s'agit d'une commande, ensuite, elle a pour vocation d'étoffer le reboot de l'Hexagonverse développé par Jean-Marc, et enfin, je crois que ton recueil contiendra une novella en tête de gondole, ce qui est toujours aidant chez Rivière Blanche fin de la parenthèse). So what ?

Nelly C. :

Nous parlerons donc de la suite de Sous la Peau entre quatre z'yeux sans aucun souci, j'attendrai ton feu vert pour attaquer. Et pour répondre aux questions suivantes :

« Qu'est-ce que c'est que cette histoire de recueils ? A ma grande honte, je n'ai pas lu les nouvelles que tu mentionnes (d'ailleurs, justement, si tu veux nous en parler, n'hésite pas), aussi je ne vois pas trop ce que tu envisages. Tu entends écrire d'autres textes dans le même univers ou transformer ces récits en romans ? Et dans la première hypothèse, à qui les soumettrais-tu ? »

Concernant les deux nouvelles suscitées, Narconir et Caraville sont respectivement publiées aux éditions numériques Astéroïdes, complètement laissées à l'abandon (et l'éditeur étant aux abonnés absents, je vais mettre la nouvelle en ligne gratuitement sur un autre site, ça lui fera les pieds) et chez les Artistes Fous Associés dans l'anthologie l'Homme de Demain. Dans les deux cas, les lecteurs qui ont aimé m'ont souvent demandé si je comptais développer les univers car, selon eux, il y a matière à en raconter plus. Et comme souvent chez moi, au moment de dire non, des idées ont germé dans tous les sens, un peu comme les fœtus monstrueux sur le corps de Samantha Eggar dans Chromosome 3.

Et pour présenter vite fait les deux nouvelles, Narconir est le nom d'un tranquillisant efficace contre les insomnies les plus tenaces, mais dont l'un des effets secondaires les plus notables est de matérialiser les rêves du dormeur. Le récit suit les mésaventures d'une petite famille dont le père a pris de ce médicament et ne veut se passer de ces rêves. Pour de très bonnes raisons. Des thématiques qui peuvent être sympas à développer comme les cauchemars matérialisés, le scandale pharmaceutique et les lobotomies forcées n'y sont qu'esquissées et j'aimerais en parler plus en détail. Quant à Caraville, c'est une variation involontaire du Transperceneige (le film était en tournage au moment où j'écrivais et je ne connaissais même pas la BD, la honte !) dans laquelle on suit Furette, une orpheline au cœur d'un conglomérat suffoquant de voitures et camions accolés pour former une ville en perpétuel mouvement.

Pour le format prévu, je ne sais pas encore, ce n'est qu'à la phase de projet. Je pourrais faire comme Bradbury dans l'Homme Illustré et construire des nouvelles autour d'un fil directeur (suivre des rêveurs à travers les enquêtes d'un employé d'entreprise pharmaceutique qui veut effacer les preuves, découvrir le parcours des différents habitants de Caraville, etc.). Et donc, si j'en reste au format recueil, je pense envoyer mes textes à Malpertuis, la Volte, Rivière Blanche et les Moutons Électriques car il me semble que ces quatre éditeurs publient des nouvelles et que mes récits peuvent correspondre à leur ligne éditoriale.

Catherine Robert :

Moi, je voudrais bien poser des questions, mais y a rien qui arrive dans mon cerveau vide. Parce que si je demande : es-tu plutôt grand blond bronzé et sportif ou petit brun intellectuel,
je suis pas sûre que ce soit bien le genre d'interrogations attendues dans cet entretien.

Françoise GRDR :

Étonnant, tu es un concentré de volonté, je suis admirative ! J'aimerais te remercier pour ta façon franche d'aborder ton travail et je garderai dans ma tête ton exemple à suivre. Pour les questions : tu tapes (sur un clavier) ou tu griffes (le papier) à la plume ? Tu préfères le jour ou la nuit ?

Cancereugène :

T'envoies du pâté, quand même ! C'est une interview qui énerve, un peu (non, je ne suis pas jaloux !) J'aime bien la question de Françoise : jour ou nuit ? À laquelle j'ajouterais : est-ce que tu « sens » quand un texte est publiable ou pas ?...

Raven :

Je peux t'embêter moi aussi ? Tu écris où ? Partout ou dans ta tanière secrète? Dans quelle ambiance ? Sur un bureau parfaitement ordonné et dans un silence monastique ou dans un joyeux capharnaüm ?

Nelly C. :

Ah hou ! Au secours ! Plouf, plouf ! Il en tombe de partout !!
*agite ses petits bras tatoués en faisant glouglouglou*

Répondons dans l'ordre, ce qui est contraire à ma nature bordélique (vous allez voir à quel point).

@Catherine : Du moment que le mec n'est pas trop dégueu, aime se cultiver, ne pète pas plus haut que son cul, n'est pas jaloux et ne me flique pas, peu m'importe s'il est blanc bidet, bronzé chocolat, blond brun, roux, chauve, etc.

@Françoise : Ooooh, bah merci à toi. Après, je ne sais pas si je suis un exemple à suivre, enfin, pour la persévérance, je suppose, oui, ça finit par payer. Et pour répondre à tes questions : :

Tu tapes (sur un clavier) ou tu griffes (le papier) à la plume ? Tu préfères le jour ou la nuit ?

J'écris principalement chez moi, surtout depuis que je bosse à domicile, mais il m'arrive d'écrire dans le train, sur un cahier, au bic ! Certains chapitres de mes deux Diane et tout le début de Sous la Peau ont été écrits dans le métro, sur un cahier.

Et principalement le jour, par malchance, je suis une grosse dormeuse.

@Cancereugène : Houhou, j'aime bien énerver les gens, mais vu qu'on se revoit très bientôt, j'espère que tu seras calmé d'ici décembre.

Est-ce que tu "sens" quand un texte est publiable ou pas ?...

Heu... Pfffffou ! J'ai toujours l'impression que c'est foiré même après avoir relu le texte plusieurs fois. Donc je n'ai aucune certitude, tout ce que j'essaie de faire, c'est rendre le boulot le plus propre possible pour mettre toutes les chances de mon côté. Léonox, ce gros sadique, me faisait des comptes-rendus de Sous la Peau, chapitre par chapitre et je me rongeais les ongles à attendre, persuadée qu'il allait détester la suite alors qu'il avait été emballé par les premiers chapitres.

@Raven : Certaines réponses à Françoise devraient t'éclairer sur le premier feu de tes questions, mais quand je suis dans ma tanière secrète, j'écoute de la musique au casque pour m'élaborer une petite bulle (souvent rompue par gros chat con qui veut bouffer mes dessins et gros mec con qui n'a toujours pas bité, en 10 ans de vie commune, que casque sur les oreilles = autisme passager d'écrivaine méchante, foutre la paix) et de préférence, seule. Dans les transports, bien installée, ça peut marcher aussi car nous sommes seuls dans la foule.

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