Du sang dans les yeux

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Et d’où ça vient, ce merdier ? Du Grand-Guignol, qu’on présente souvent comme l’ancêtre du Gore ? En partie, mais pas que. En tout cas pour ma part, si j’en juge par l’idée que se font de ce théâtre la plupart de nos contemporains. Parce que si le Grand-Guignol proposait un savant mélange d'horreur et de grotesque, les gens qui prisaient ces représentations y venaient plus pour frissonner que pour se marrer (je n'ai aucun mépris pour le rire, mais il me semble que les deux démarches sont bien différentes).

En outre, je crois cette distinction très révélatrice de deux grandes tendances : la tendance que je qualifierais de « coupable » (catholique ?) et la tendance « assumée » (protestante ou agnostique, selon les cas). Les catholiques ont un problème de culpabilité. Ils craignent petite et grande mort, or le Gore mêle les deux. Moi je ne crois pas plus en dieu qu’en l’homme, je n'ai ni femme ni enfant, et je ne me sens pas coupable. J'aime le Gore parce que je suis obsédé par la mort, or le Gore c'est la mort en face. Et j'en écris parce que c'est ma seule manière de prouver que je suis encore vivant.

Par ailleurs, j'avoue n'avoir guère d'affection pour le Gore rigolol, ironique et post-moderne.
Pour moi le Gore doit être réaliste, non distancié, sinon je n'y crois pas. « Le Gore, c'est fun parce que c'est exagéré », je ne souscris pas du tout. Mes films gore favoris sont Frayeurs, L'au-delà, Cannibal Holocaust, les Nekromantik, Mondo Cane et autres Guinea Pig. Je ne suis pas un enfant de Peter Jackson et Sam Raimi. Je préfère A serbian film. C'est un film si malade et outrancier qu'il en devient incontestable. A serbian film, c'est ce qui reste de l'ex-Yougoslavie. À savoir des charniers et des charognards. Et moi je pense qu'on a besoin de voir ça. Ne serait-ce que pour savoir que ça existe. Pour autant, malgré son caractère extrême, ce film reste une fiction. Or j'établis une frontière infranchissable entre fiction et réalité.

D'après moi, en littérature, on peut (on doit ?) tout écrire. Sans tabou, sans censure. Et au cinéma, c'est pareil. Si un gars se sent de filmer un viol nécrophile, comme Nacho Cerda l'a fait dans Aftermath, qu'il le fasse, je n'ai aucun problème avec ça. Et je défendrai toujours ce film, comme les Nekromantik de Buttgereit, parce qu'ils ont brisé un des tabous ultimes, et parce qu'ils m'ont ravagé. Des films, j'en ai vu des milliers, et j'en ai oublié des centaines. Mais pas ceux-là. Et je sais que je ne les oublierai jamais. Parce qu’ils sont différents. Oui, ils sont gore, mais ils ne sont pas que ça. Ce qu'ils montrent, cette image brutale de la mort et de la décrépitude qu'ils nous balancent au visage, ne peut pas être montré autrement.

Le Gore, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les médias politikement korrekts (avec trois « k », autres cagoules, mais même rapport à la liberté), ce n'est pas réservé aux ados attardés, boutonneux et puceaux. Ce n'est pas qu'une étiquette rigolarde qu'on colle sur des produits hollywoodiens prêts à être avalés entre une grande frite et un Big Mac le samedi soir. Et si le réalisateur d'A serbian film choisit de mêler sexe extrême et ultra violence, ce n'est pas sans raison.

Sa démarche n'est d'ailleurs pas si éloignée de celle de certains réalisateurs « transgenres » du cinéma d'exploitation (ne pas oublier que de nombreux cinéastes d'horreur ont aussi travaillé dans le X). Toutes proportions gardées, elle me rappelle même un peu ce vieux briscard de Joe D'Amato, inoubliable réalisateur de Anthropophagous et Horrible, mais aussi des incroyables Porno Holocaust et La nuit érotique des morts-vivants. X, Z et Gore à la fois, si Aristide Massaccesi était le vrai inventeur du TRASH ?

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