Bloodfist vu par Sangore

Publié le par Léonox

Sangore est l’administrateur du fameux forum de cinéma Ultragore. Mais ce sympathique jeune homme ne s’intéresse pas qu’à l’horreur pelliculée. Il est aussi un lecteur gourmand et averti. A ce titre, il s’est pris de passion pour la collection TRASH, au point de lui consacrer un somptueux dossier, lisible sur Ultragore. Dossier dont est extraite la chronique suivante :

 

Nouveau changement radical d’univers avec Bloodfist de Schweinhund. Avec ces trois premiers titres, la collection Trash se montre jusqu’à présent très variée. Les livres se suivent et ne se ressemblent pas. Bloodfist se passe de nos jours. Le début nous brosse les étapes marquantes de la jeunesse du héros, psychopathe de son état, pour expliquer comment il en est arrivé à être ce qu’il est. L’auteur réussit de manière tout à fait exceptionnelle à nous plonger dans la psyché torturée de ce personnage fascinant. Parallèlement, il y a des chapitres où deux policiers, aux méthodes plus que discutables, pistent le héros et certaines personnes qui sont d’une certaine manière liées à lui. Mais en fait, raconté comme ça, ça ne donne pas du tout une idée exacte de ce qu’est ce roman. Celui-ci est difficilement racontable.

Le principal repose sur le style de l’auteur, tout à fait singulier. Schweinhund cultive les jeux de mots, il joue avec le langage de manière remarquable. (« Mais je presse le bubon « pose », par-delà le bien et le mâle » (p. 71) ; « «Au passage avide, je puise dans ma tragique insuffisance » (p. 74)). En ce sens, il s’agit d’un Trash très littéraire, très atypique pour un roman gore. Une place importante est accordée aux dialogues entre le protagoniste et un étrange gourou. Ceux-ci tirent le roman vers quelque chose de quasi philosophique. Positivement étonné par cette orientation, on se demande vers quoi tout ça va nous mener. Intriguant, déroutant, Bloodfist se démarque de la littérature horrifique habituelle pour emprunter des chemins de traverse, sans pour autant en oublier l’aspect dur, sombre, violent et sanglant du genre : « Leurs boyaux pendaient comme de gros serpents grisâtres le long de leur torse jusqu’à couvrir les visages de leur masse spongieuse. Combattant ma répulsion, je m’approchai des suppliciés et écartai leurs intestins corrompus afin de distinguer leurs traits. Déformés par le sang qui s’y était accumulé, les faciès des martyrs étaient figés dans une grimace d’horreur qui les faisait ressembler à de vieilles momies desséchées. » (P. 106) Une écriture abstraite qui ne néglige pas les détails concrets bien trash, une écriture presque schizophrénique. Hallucinée : « Un magma de viande grise et tiède. L’homme-seringue s’entrouvre, il a une haleine de poubelle, sa langue est une aiguille qui s’insinue entre mes lèvres… Alors je serre les dents de toutes mes forces, je mords jusqu’à ce que j’entende un hurlement, je serre et serre encore. […] Sa bouche est l’utérus cosmique d’une négation chimique… Des embryons sous vide, dans des sachets blancs, explosent en projetant une bouillie de viscères dévorés par une colonie de mouches à merde. » (P. 89) Un trip, une expérience littéraire peu commune. Une belle réussite ! La collection Trash a décidément plus d’un tour dans son sac !

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