Le club des petites filles mortes - Gudule

Publié le par Léonox

 

 

Grand-mère, comme vous avez de grandes dents : Le club des petites filles mortes, de Gudule.

 

Drôle de nom et drôle de titre. Un peu comme si l’ange du bizarre, dans toute sa perverse mansuétude, nous adressait une mise en garde en forme de clin d’œil. Voyez donc, le titre même du recueil est presque la transgression d’un tabou. Vous êtes vaguement mal à l’aise. Mais n’avez-vous pas envie d’en savoir plus ? De succomber à la tentation ? De retrouver l’ambiance des fêtes foraines de votre enfance, ces odeurs de barbe à papa, et ces jolis manèges où tournent des chevaux de bois couleur pastel ? N’aimeriez-vous pas consacrer quelques heures à ces petites filles un peu trop pâles et figées qui vous dévorent déjà les yeux, pardon, DES yeux? Étrange phénomène de première impression - souvent la bonne -, surtout dans le cas d’un livre que l’on n’a pas (encore) lu… Il est vrai que celui-ci est bien particulier.

 

Le club de petites filles mortes, recueil/cercueil décomposé de huit romans écrits entre 1995 et 1998, est l’œuvre d’une personne connue grâce à ses innombrables livres… pour enfants ! Mieux qu’un pseudonyme, Gudule est en effet l’anagramme de Duguël, Anne de son prénom, auteur belge jadis parrainé par l’inestimable Jean Rollin dans le cadre de la collection « Frayeur » aux éditions Fleuve Noir. Et cette charmante dame aujourd’hui grand-mère de perpétuer la tradition horrifico-fantastique de ses glorieux concitoyens J. Ray, T. Owen, M. de Guelderode et G. Prévot en perpétrant une série de crimes littéraires aussi odieux qu’impunis !

 

Dancing lolita, par exemple, premier roman de cette série de huit, est une plongée extrêmement malsaine dans un univers futuriste où les jeunes filles ont souvent 70 ans, et où la cure de jouvence qu’elles ont subi a des conséquences sexuelles plutôt ambigües… Dans ce contexte, la petite Mina, victime d’un beau-père abusif, tombera de Charybde en Scylla, de réseau de prostitution en tueuse à gages, de faux amis en vrais ennemis, de petite en grande mort… Très différent du précédent texte, Entre chien et louve n’a pas pour protagoniste principal une petite fille, mais une Africaine déracinée et un chien vraiment pas comme les autres… Là encore cependant, le sexe et la mort sont intimement mêlés, et les thèmes de l’isolement et de la réincarnation s’interpénètrent en un ensemble original et troublant.

 

Avec Gargouille, retour au monde de l’enfance et à sa consubstantielle cruauté avec un jeu de massacre où le fantastique pur le dispute à l’horreur la plus crue ; quelque part entre le Giallo et le Slasher, pour les cinéphiles, voilà un récit de vengeance aussi inventif que bien construit : à souffre-douleur, souffre-douleur et demi ! La petite fille aux araignées, moins baroque, est tout aussi implacable. Pauvre petite Miquette qui ne peut accepter la mort de sa mère, littéralement vidée de sa substance par un affreux sortilège, et qui, du fond de l’hôpital où on l’a enfermée, pense pouvoir la ressusciter grâce à une purée d’araignées magique…

 

Place maintenant à un morceau de choix : Mon âme est une porcherie - quel grand titre ! Cette histoire démente d’une petite fille amoureuse d’un cochon (non, ce n’est pas aussi glauque que vous croyez… quoique) traite avant tout d’une superstition… qui dégénère rapidement en psychose. Petite précision : le mot « dégénère » trouve ici son illustration la plus putride. À bon entendeur… Le roman suivant, Petite chanson dans la pénombre, commence on ne peut plus tragiquement : quoi de plus atroce qu’un viol suivi d’un meurtre ? Ce qui pourrait être une fin n’est cependant qu’un début : le spectre de la petite martyre trouvera dans la gentille Zoé le parfait véhicule pour sa vengeance. La fusion des deux personnalités n’aura hélas qu’un temps : les vampires psychiques distinguent aisément dominants et dominés…

 

La lecture de La baby-sitter est à déconseiller fortement à tous les jeunes parents. Il s’agit là d’un vrai conte de terreur où la fiction contamine peu à peu la réalité, et les enfants n’y sont pas moins exposés parce qu’ils sont des enfants, bien au contraire… Enfin, Repas éternel boucle la boucle, avec une touche « anticipation » tendance cauchemar. Cette société post-apocalyptique ultra policée, avec ses castes et son gourou/dictateur, ressemble à celle du film Soleil vert… en pire. Ah, manger ou être mangé… Qu’on se le dise, le « Sex and horror » n’est pas un genre exclusivement masculin, et cet éprouvant recueil en est la preuve par huit ! À vous maintenant de le vérifier en plongeant grâce à Gudule au plus profond de l’intimité féminine, et que cette expression soit comprise au propre, au sale et au figuré, je gage que vous ne regretterez pas ce « voyage au bout de l’enfance » impitoyable et vertigineux…

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Z
Encore une chronique de haute volée. Je suis sûr que tu te drogues. Ou alors, t'es un foutu reptilien !
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C
Il me fait bien envie celui-là. La faute au chroniqueur qui nous allèche. ;)
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A
Laisse-toi tenter, tu ne seras pas déçue. Les romans horrifiques de ta compatriote ont tout pour te plaire. Connaissant tes goûts et ta propre façon d'écrire, j'irai même jusqu'à dire qu'ils sont faits pour toi. <br /> <br /> Quant au sale chroniqueur qui ne fait rien qu'à t'allécher, je m'en occupe. Je vais lui envoyer le Schweinhund, ça va le calmer.<br /> <br /> Et merci de ta visite. ;)