Panthera contre Faustus (tome 2) - P.A Orloff

Publié le par Léonox

 

La belle et la bête : Panthéra contre Faustus, de Pierre-Alexis Orloff.

 

Contre toute attente, ce deuxième volume de la série finit par paraître mi-2011. Un délai assez long, mais la situation de Pierre-Alexis Orloff ne s’est pas arrangée. Comme nous l’apprend la préface de Jean-Marc Lofficier, l’auteur a de nouveau mystérieusement disparu, et semble en proie à de lourds tracas financiers. À quelque chose malheur est bon, Rivière Blanche a ainsi pu récupérer un nouveau tapuscrit, qui prolonge en les épiçant les plaisirs du précédent. Le Faustus du titre n’est d’ailleurs pas étranger à ce piment supplémentaire, car comme tout bon faune qui se respecte, son rapport à la sensualité va bien au-delà du simple fétichisme… Or de telles dispositions ne manquent évidemment pas de faire des étincelles, car Alice n’est pas « seulement » dotée d’une constitution mutante. Elle est aussi l’hôte d’un démon qui lui permet le cas échéant de décupler un potentiel physique déjà très au-dessus de la normale.

Même si la beauté naturelle de la jeune femme se trouve quelque peu altérée quand elle se transforme en Panthéra, Percival Arlington, héritier des Peupliers, est du reste tellement subjugué par ses apparitions qu’il en perd tout sens critique. Au point qu’il ne saurait sans doute définir sous quel aspect il la trouve la plus séduisante… Curieusement, Panthéra/Alice ne semble pas elle-même tout à fait insensible au charme du jeune homme, bien que partageant la vie de Tanya et n’éprouvant a priori guère d’attirance pour les hommes… L’univers dépeint par Pierre-Alexis Orloff, s’il se réfère à tout un pan de littérature populaire issu de l’avant-guerre, est ainsi beaucoup plus ouvertement sexué que les feuilletons d’antan et n’hésite pas à verser par ailleurs dans une violence explicite, faisant de Panthéra une héritière de Musidora et Méphista qui aurait croisé la route de Witchblade et Wolverine.

Mais ce ne sont là que quelques pistes référentielles dont il est bien sûr possible de se passer, car la qualité intrinsèque du livre suffit à procurer ce qu’un lecteur avide d’évasion est venu chercher en ces pages. Bonus non négligeable, ce roman est, tout comme son prédécesseur, fort bien écrit et prouve que la littérature populaire n’est pas incompatible avec l’usage harmonieux de l’imparfait du subjonctif. Dotés d’un rythme alternant en souplesse scènes d’action explosives et passages introspectifs permettant de mieux creuser les personnages, et de montrer pourquoi certaine charmante jeune femme a bien du mal à assumer son statut d’héroïne malgré elle, riches d’une galerie de méchants fort bien campés (mention spéciale à la confrérie d’occultistes cryptonazis, que ne renierait pas un Mike Mignola), les deux volumes de « Panthéra » sont à la fois la prolongation et la résurrection d’un genre…

Prolongation parce qu’émaillés de clins d’œil et « visuellement » connotés, résurrection parce que ce type d’ouvrage fantastico-policier avait disparu dans les nihilistes années 80 pour être remplacé par d’impitoyables thrillers horrifiques, comme si les deux genres ne pouvaient coexister. Mais grâce à Pierre-Alexis Orloff, une nouvelle Alice est allée au pays des merveilles et elle n’en est pas revenue seule en passant à travers le miroir. Raison de plus pour adhérer sans réserve à ce trépidant roman-feuilleton, auquel je ne ferai en définitive qu’un seul reproche : celui de ne pas paraître plus régulièrement… La suite, vite !

Rappel de la chronique du Tome 1 pour les retardataires !

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