Charogne Tango - Brice Tarvel

Publié le par Zaroff

 

Il semblait vêtu d'écarlate, ne faisait plus qu'un avec cette morte encore molle qui tenait le rôle d'une épouvantable poupée gonflable. Il dansait, multipliait les figures les plus compliquées, n'hésitait pas à saisir l'un ou l'autre membre de sa partenaire d'outre-tombe pour l'obliger à se plier à son bon vouloir. Il éprouvait le même bonheur que lorsque, dans la cuisine de sa grand-mère, effrayant les poules, il s'initiait au tango en ravissant la vieille femme. Enfant, en Argentine, Gonzalo a erré dans les salles de torture et de mort de l'Ecole supérieure de Mécanique de la Marine. Ce qu'il y a vu, les effroyables exactions de la junte militaire lui ont bien plu et ont marqué à jamais son esprit. Il ne faut donc pas s'étonner si, bien des années plus tard, il décidera de libérer le prédateur qui sommeille en lui.

Simenon a mis en scène l'Inspecteur Malgracieux dans ses Maigret. Désormais, il faudra compter avec l'Inspecteur Mortel de Brice Tarvel. Ce bouquin aux élans argentins est une véritable prouesse et nettement meilleur que son précédent "Silence rouge" chez le même éditeur. Nous suivons les pulsions morbides de Gonzalo, danseur émérite, qui évolue dans les milongas, soucieux de trouver la femme qui assouvira ses talents de tailleur de chairs. Mais bien évidemment, tout ne se déroule pas comme prévu. Sa rencontre avec Patchouli va modifier le cours de son destin. De la moiteur tamisée des salons, Gonzalo va découvrir l'univers crasseux d'une casse et la terrible ogresse (dingue de l'arbalète) qui occupe les lieux.

L'environnement familial de Gonzalo est glauque également. Une mère tétraplégique, une frangine absente et paresseuse, une enfance passée dans les couloirs de la mort et les tortures commises par son père. Mais ce qui m'a émerveillé est le chapitre se déroulant dans une bien étrange demeure piégée et des jumelles albinos ricanantes.

Brice Tarvel possède l'âme d'un grand auteur, dans le sens où chaque chapitre a le potentiel d'un roman propre. Rien que pour ressentir l'effroi de ce mystérieux Cercle de Thanatos et de sa Porte des Enfers... Tarvel prend le risque de multiplier les perspectives et ça marche ! Ce roman est décidément trop court. Cet impénétrable inspecteur est un personnage fort, digne de figurer dans un bouquin de Masterton ou de Clive Barker. Monsieur Tarvel, on en redemande ! Mieux... on vous implore ! Ce tango suinte la charogne et ce fut un réel plaisir de vous lire en deux jours.

Commenter cet article