Une nuit éternelle - David Khara

Publié le par Léonox

 

Les vertiges du crépuscule : Une nuit éternelle, de David Khara.

 

Avant d’en venir à la présentation de ce nouveau roman de David Khara, un petit retour en arrière s’impose. Jusqu’en mars 2010 exactement. Au moment où paraît le 19ème volume de la collection « Noire » de l’éditeur Rivière Blanche. Ce roman, un Thriller Fantastique doublé d’une très belle histoire d’amitié entre un jeune flic New-Yorkais et un mystérieux individu qui ne sort que la nuit, s’intitule Les vestiges de l’aube. Il est signé par un certain David S. Khara, et devient en très peu de temps l’un des plus gros succès de l’éditeur.

Puis l’auteur récidive quelques mois plus tard avec le fameux projet Bleiberg, chez Critic. Fin de l’histoire ? Pas du tout, car Les vestiges de l’aube a été pensé dès le début comme une série. C’est ainsi que l’ouvrage ressort l’année suivante, dans une version revue et augmentée, chez Michel Lafon. Une deuxième vie, donc, suivie d’une troisième en cet automne 2014, car le roman sera disponible en format poche chez 10/18 le 6 novembre. Juste à temps pour la parution une semaine plus tard de cette Nuit éternelle qui en est la suite officieuse.

Suite officieuse, car si l’on a le plaisir d’y retrouver Barry Donovan et Werner Von Lowinsky, c’est dans un contexte très différent. Les rapports entre les deux hommes ont évolué : désormais ils se connaissent bien, et leur complicité mutuelle leur a permis de franchir un cap. Certes, ils restent des solitaires, des êtres blessés, mais leur relation privilégiée est comme un baume appliqué au quotidien sur les brûlures du désespoir. De fait, ils oscillent en permanence entre leur désir de ne pas oublier leur passé et une volonté farouche de se projeter dans le présent. Et c’est justement ce contraste qui rend leur trajectoire si passionnante.

Mais Une nuit éternelle n’est pas qu’une étude de caractères, aussi émouvante et pertinente soit-elle. Car Barry, après avoir été blessé à la fin du premier épisode, a repris du service. Et il va aussitôt se trouver confronté à un double meurtre aussi révoltant qu’énigmatique. Un pasteur et son fils ont été égorgés et mutilés. Un suspect est bientôt appréhendé, mais l’individu, petit délinquant devenu indic, est en état de choc, et n’a vraiment pas le profil du coupable idéal. En tout cas beaucoup moins que ces hommes très pâles vêtus de longs manteaux qui ont été aperçus en sa compagnie une semaine avant le crime…

Ces hommes énigmatiques qui pourraient bien avoir avec Werner des liens assez étroits. Voire même convoiter quelque chose qui lui appartient. Or étant donné l’âge plus que vénérable du toujours très distingué Von Lowinsky, le seul fait que quelqu’un le connaisse constitue en soi un élément pour le moins troublant… L’étau se resserre autour de l’aristocrate, qui sera contraint de sortir de l’ombre pour aller à la rencontre de son passé. Mais cette implication va faire resurgir de sombres secrets, ainsi qu’un terrible héritage…

Dédoublant sa narration pour mieux nous éclairer sur les obscures motivations de ses protagonistes, David Khara nous offre donc avec Une nuit éternelle un roman d’une maîtrise impressionnante, car la densité des informations ne nuit jamais à la fluidité de la lecture. Et l’évolution spectaculaire que connaissent Barry et Werner dans cette deuxième aventure appelle un parallèle évident avec celle de l’auteur lui-même. Mais que les lecteurs fidèles se rassurent : tout ce qu’ils ont aimé dans Les vestiges de l’aube figure dans Une nuit éternelle. En mieux. De la Rivière Blanche au Fleuve Noir : ou de la cohérence selon David Khara.

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 171, novembre / décembre 2014.

Commenter cet article