Les vestiges de l'aube - David S. Khara

Publié le par Léonox

 

Deux hommes dans la ville : Les vestiges de l’aube, de David S. Khara.

 

Manhattan, trop peu de temps après le onze septembre 2001. Barry Donovan, jeune policier meurtri dans sa chair par les attentats du World Trade Center, piétine face à une vague de meurtres qui ressemble fort à un règlement de comptes ritualisé. Seule sa relation privilégiée quoique virtuelle avec Werner semble lui procurer quelque apaisement, jusqu’au jour où ce mystérieux interlocuteur lui propose son aide suite à une confidence professionnelle de trop. Leur rencontre sera décisive, et si l’enquête de Barry va connaître une spectaculaire avancée grâce à un partenaire jouissant de pouvoirs peu ordinaires, c’est sa vie entière qui se verra transformée par des révélations assez éloignées de celles dont témoigne la bible…

Récapitulons. Un vampire. Un flic. Et un tueur. Et la Mafia. Les codes y sont. Un prétexte ? Absolument pas, car le récit principal se nourrit de ces « figures implosées » qui, bien que détournées de leurs fonctions premières, continuent néanmoins à remplir le cahier des charges de tout bon thriller qui se respecte. Ainsi y a-t-il dans Les vestiges de l’aube deux niveaux de lecture, et il est possible de se satisfaire du premier, puisque cette enquête criminelle mâtinée de surnaturel constitue un fil assez rouge pour combler tous les « mordus » du genre…

Néanmoins, il serait regrettable de ne pas considérer ce roman comme ce qu’il est, à savoir une œuvre profondément personnelle. En effet, le cœur du livre de David S. Khara bat au rythme de la perte, de l’empathie et de l’amitié. Il traite du travail de deuil, du manque insupportable, de la force qu’il faut trouver pour simplement continuer APRES… Et si le schéma ici utilisé peut a priori paraître quelque peu viril, il ne comporte aucune once de machisme, bien au contraire. Car si l’auteur met face à face deux hommes en proie aux mêmes douleurs, il n’en esquisse ainsi qu’avec plus de délicatesse le portrait de l’Absente…

Bien entendu, Les vestiges de l’aube demeure un « thriller fantastique », mais ceci n’est qu’une étiquette. Et David ne prise guère les étiquettes, bien trop faciles à coller sur les uniformes de prisonniers volontaires frileusement recroquevillés dans leurs petites chapelles consanguines. « Faire du genre pour faire du genre » est en effet une démarche assez vaine, alors que « se servir du genre plutôt que le servir » signifie que l’on ne prend pas ses lecteurs pour des idiots en leur resservant la même sempiternelle recette. Le thème induit le genre, et non l’inverse. « L’existence précède l’essence », disait l’autre…

Et David S. Khara, quant à lui, prouve avec maestria qu’un auteur ne se réclamant ni du Thriller ni du Fantastique peut pourtant contribuer à leur renouvellement. Un constat d’autant plus agréable qu’aux antipodes d’un cynisme post-moderne de mauvais aloi, l’homme est totalement sincère, ainsi que le prouve un duo de personnages d’une émouvante et douloureuse humanité. Grâce à une plume alerte, un style brillant modifié en fonction de ses deux narrateurs – Werner use d’un langage qui ne manque pas de panache (« Et si le diable était le nom donné par les hommes à leur propre folie pour se dédouaner de l’insupportable réalité de leur nature profonde ? ».) –, à une sensibilité et des préoccupations très personnelles, l’auteur s’impose ainsi, après le carton de son Projet Bleiberg, comme un modèle de « page-turner » sur lequel il faut dès à présent compter.

Notons encore que cette réédition des Vestiges de l’aube d’abord publiée par Michel Lafon comporte une bonne demi-douzaine de chapitres inédits par rapport à la précédente mouture parue chez Rivière Blanche, développant en particulier un piquant personnage de médecin légiste qui pourrait bien devenir (dans le tome 2 ?) plus qu’une collègue de travail pour Barry… Et comme de surcroît, en fin connaisseur de séries télévisées américaines, David S. Khara trouve le moyen de clôturer son roman par un « cliffhanger » insupportable, après l’avoir ouvert sur une dédicace à un certain Philip Ward, nous ne pouvons que saluer le parfait équilibre de l’ensemble : si l’homme sait où il va, il n’en oublie pas pour autant d’où il vient.

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