Stoner Road - Julien Heylbroeck

Publié le par Léonox

 

Route 666: Stoner Road

 

À bientôt 34 ans, Julien Heylbroeck dispose déjà d’un CV impressionnant. C’est simple, on dirait que l’adage selon lequel « la valeur n’attend pas le nombre des années » a été inventé pour lui. Jugez plutôt : auteur de quinze nouvelles à ce jour (Rivière Blanche, Malpertuis, ImaJnère, Les Artistes Fous Associés), il a également signé sous trois pseudonymes différents cinq formats longs pour Le Carnoplaste et TRASH Éditions, structure dont il est par ailleurs co-fondateur. Comme si ça ne suffisait pas, il a écrit en parallèle trois romans, dont le premier, Stoner Road, vient de paraître aux éditions Actusf.

Et contrairement à ses précédents récits, qui relèvent pour la plupart du Fantastique ou de l’Horreur, celui-là flirte avec le Polar et le Thriller. Même si l’auteur apporte à ces genres un cachet très personnel, et c’est vraiment le cas de l’écrire… Car Josh Gallows est un junkie. Un junkie sympa, mais un junkie quand même. Quitté par sa petite amie, il décide de se lancer à sa poursuite dans le désert, où la jeune femme a pour habitude d’assister à des generator parties, concerts de rock illégaux fréquentés par un public amateur de substances plus ou moins licites. Hélas, Ofelia reste introuvable, et l’ombre d’un groupe pas comme les autres plane sur le désert, comme un vautour au-dessus de sa proie…

Tel un chevalier déglingué boosté aux amphétamines, Josh va donc entreprendre une enquête qui le mènera beaucoup plus loin que prévu. Sa rencontre inopinée avec Luke Lee, redneck itinérant à la recherche de sa sœur, ajoutera sel et piment au cocktail téquila-mezcal concocté par Julien Heylbroeck. Car cet improbable duo, servi par des dialogues aux petits oignons, rappelle les meilleurs « buddy movies », où deux individus que tout oppose finissent par s’unir face à l’adversité. Ce qui est préférable en général, et dans Stoner Road en particulier, l’adversité en question étant ici d’une espèce fort peu commune…

Et Josh devra aller puiser tout au fond de lui-même, voire en dehors de lui-même (en témoignent de superbes scènes d’hallucinations, peintes avec une maîtrise et un luxe de détails proprement… stupéfiants) pour trouver une issue au piège dont les mâchoires avides pourraient bien se refermer sur lui. À la fois parcours du combattant sous acides, chemin de croix ponctué de riffs hypnotiques et quête initiatique à la mode « white trash », Stoner Road se trouve quelque part entre Sur la route de Kerouac, Cul-de-sac de Kennedy et la tétralogie Bourbon Kid du fameux « Anonyme ».

Un roman à la croisée des chemins, et c’est ce qui fait toute sa richesse. En effet, l’auteur parvient à extraire le meilleur de chaque genre pour mieux traiter certains de ses thèmes de prédilection (respect des différences et goût pour la marginalité, au sens le plus large et surprenant du terme) sans jamais perdre son lecteur en route. Au contraire, il opère une spectaculaire synthèse pour mieux délivrer un récit si généreux et haletant qu’il est quasi-impossible d’en interrompre la lecture avant d’être parvenu à la dernière page. Oui, ceci est un défi. Alors dépêchez-vous de le relever, car Julien Heylbroeck écrit aussi vite (et bien) que vous ne lisez. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’il ait déjà un autre Polar dans les tuyaux…

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 169, juillet / août 2014.

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