La saga de Mme Atomos # chapitre 2

Publié le par Léonox

 

Femmes criminelles : La saga de Mme Atomos, chapitre 2.

 

Le premier roman de ce deuxième omnibus Rivière Blanche, Miss Atomos, introduit un nouveau personnage nommé Mie Azusa (la « Miss Atomos » en question), dont l'impact sur le valeureux agent du FBI Smith Beffort et, par voie de conséquence, sur l'avenir de la série, va se révéler considérable. La jeune femme, dont la volonté est annihilée 23 heures sur 24 par un cerveau-moteur, va en effet profiter de l'heure de répit nécessaire à son organisme, et contacter Smith Beffort au moment où la Floride est en proie à de mystérieuses attaques... Un double parallèle avec la notion de « péril jaune » et l'univers de Bob Morane peut dès lors être effectué. Si Mme Atomos rappelle L'Ombre Jaune, le personnage de Mie Azusa se rapproche en effet des figures ambigües délicieusement incarnées par Miss Ylang-Ylang, chef de l'organisation Smog, et Tania Orloff, nièce de Monsieur Ming, autres belles plantes exotiques au service d'entreprises criminelles mais « secrètement » amoureuses du héros. André Caroff se montre toutefois plus tranchant et réaliste: les relations entre ses protagonistes ne resteront pas longtemps platoniques, et la schizophrénie artificielle de la jeune Japonaise apparaît comme un véritable ressort dramatique.

Grâce à ce Jekyll & Hyde au féminin, l'auteur peut ainsi nous servir un cocktail détonnant où coup de foudre et odeur de poudre sont savamment mêlés: faites l'amour, ET la guerre ! Car c'est bien de guerre qu'il s'agit, et à tout conflit ses « dommages collatéraux ». À la fin de Miss Atomos, un personnage de premier plan sera même sacrifié sur l’autel de ce « serial » kamikaze, lequel rebondira néanmoins de manière pour le moins surprenante avec le très « exploitation »… Miss Atomos contre KKK ! Derrière ce titre haut en couleur (si j’ose l’écrire) se cache un récit passablement inattendu. Pour la première fois dans l’histoire de la saga, l’Organisation Atomos n’y applique pas un plan d’ampleur mûrement réfléchi, mais adapte ses méthodes radicales à un micro-conflit régi par la stricte loi du talion, où le Ku Klux Klan se trouvera vite dépassé par la férocité de son adversaire…

L'intérêt du roman ne se réduit cependant pas à ce - certes réjouissant - jeu de massacre: le duel à distance opposant Miss Atomos et Smith Beffort irrigue et dynamise l'action, d'autant que l'homme du FBI semble avoir trouvé un moyen de conjuguer la défaite de Miss Atomos et la libération de Mie Azusa... Le bien nommé Retour de Mme Atomos va cependant permettre à la femme fatale ultime de réagir à cette provocation en reprenant l'initiative, et elle va même faire passer sa lutte contre les États-Unis au second plan pour mieux employer ses forces à traquer le couple qui lui résiste… Smith Beffort et Mie Azusa ayant cependant fait leur l'adage selon lequel « la meilleure défense, c'est l'attaque », la situation ne va guère tarder à s'inverser, et les antagonistes vont s'adonner à un jeu du chat et de la souris dopé par une angoisse paranoïaque et des retournements de situations constants.

Initialement parus dans la mythique collection « Angoisse » du Fleuve Noir (numéros 124, 130 et 134), ces romans explosifs et inventifs fournissent une nouvelle preuve par trois de l'exceptionnelle qualité de la série. Écrite vite mais bien, menée à un train d'enfer et n'hésitant pas à se servir des codes en usage pour mieux les transgresser sans vergogne, La Saga de Mme Atomos s’impose comme un incontournable de la littérature populaire française, auquel ces superbes rééditions de Rivière Blanche rendent un hommage amplement mérité.

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