La saga de Mme Atomos # chapitre 1

Publié le par Léonox

 

Hiroshima, mon amour : La saga de Mme Atomos, chapitre 1.

 

1945. La seconde guerre mondiale trouve une issue à la (dé)mesure de son horreur dans l'anéantissement des deux villes japonaises Hiroshima et Nagasaki par des bombes atomiques américaines. 1954. Les alliés d'hier sont devenus les ennemis d'aujourd'hui, et on parle désormais de « guerre froide » entre les États-Unis et l’URSS. En France, les éditions Fleuve Noir, bien connues des amateurs de littérature populaire grâce à leurs collections « Espionnage », « Spécial Police » et « Anticipation », s'engouffrent dans la brèche ouverte par cette période où tout semble possible - le pire ne s’est-il pas déjà produit ? - pour promouvoir un genre mal perçu chez nous: le Fantastique. La collection « Angoisse » est née.

1964. J.F. Kennedy est mort depuis un an quand André Caroff, auteur « maison » et prolifique du Fleuve Noir signe, après avoir écrit onze livres en trois ans pour « Angoisse », son premier roman consacré à Mme Atomos. Un tour de force autant qu'une incroyable « somme de toutes les peurs », dans la mesure où ce récit offre rien moins qu’une synthèse stylistique et thématique des quatre genres précités ! La sinistre Madame Atomos oppose en effet le meilleur de la police et des services secrets américains à une super-méchante Japonaise assoiffée de vengeance, dont la maîtrise de l'atome lui a permis de se constituer une armée de zombies équipée de fusils désintégrateurs, pour déclencher une guerre contre les États-Unis !

Un personnage aussi radical ne pouvant être contrecarré aisément, André Caroff met en place dès le premier épisode une équipe de choc constituée de Smith Beffort, agent du FBI, du docteur Soblen, spécialiste en énergie atomique, du « Singe », collaborateur direct de J.E. Hoover, ainsi que de Yosho Akamatsu, dynamique agent spécial de la police japonaise. Une galerie de protagonistes courageux et déterminés, que l’on retrouve avec plaisir dans le deuxième roman de la série, Mme Atomos sème la terreur, où celle qui ne tarde guère à s’imposer comme l’ennemi public numéro un utilise cette fois un immense champignon radioactif, puis des araignées mutantes géantes pour tenter de rayer le Texas de la carte.

Malgré un nouvel échec, qui aura quand même fait subir aux États-Unis des pertes humaines colossales et des dégâts matériels considérables, notre dragon femelle n'entend pas en rester là. Véritable Docteur Mabuse en jupons, elle n'apparaît quasiment jamais en personne, usant de clones à son image afin de mieux tirer les ficelles en coulisse. Vouant son aberrante créativité à son fantasme fanatique, elle ira même jusqu'à inventer dans l'opus suivant (Mme Atomos frappe à la tête) une onde "raciste" qui, plongeant les Blancs en catalepsie tout en épargnant les Noirs, lui semble le meilleur moyen de provoquer une guerre civile en Amérique ! Un parti pris thématique pour le moins audacieux au milieu des années soixante…

2014. Fort d'une écriture nerveuse et efficace, d'un sens de la narration et du suspense redoutable, d'effets judicieusement dosés, ainsi que d'une absence totale de retenue lors d'explosions de violence aussi nombreuses qu'inattendues, le début de cette saga magistrale se dévore encore aujourd’hui avec un plaisir gourmand, et ce un demi-siècle après sa rédaction. Les éditions originales d’« Angoisse » (numéros 109, 115 et 120) sont rares et onéreuses, mais un opulent volume rassemblant ces trois romans est disponible grâce aux vaillantes éditions Rivière Blanche, qui inaugura ainsi en 2006 sa collection « Noire ». Si j'osais, je vous dirais bien qu'il serait criminel de vous en dispenser... Comment ça, je viens de le faire ?"

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