La chambre dans la tour - E.F Benson

Publié le par Zaroff

 

Edward Frederic Benson (1867-1940) descendait d'une lignée unissant religion et fantastique. Son ancêtre Edward White Benson, archevêque de Canterbury, aurait raconté à Henry James l'histoire de possession dont l'écrivain allait tirer Le Tour d'Ecrou. Suivirent Arthur Christopher Benson et Robert Hugh, auteurs oubliés du genre (ghost stories, livre des morts...). E.F Benson sort de Cambridge "bardé de diplômes" en 1889. Fouilles en Egypte en 1895 avant de finir ses jours paisiblement comme maire de Rye où avait vécu Henry James. Les deux hommes ne furent d'ailleurs jamais mariés ! Premier recueil en 1912 et le dernier en 1934. Lovecraft appréciait Benson. Benson nous délivre un recueil horrifique découpé en trois parties. Les récits sont extraits des The EF- Benson Room in the Tower, Visible and invisible, Spook stories et More spook stories. Variations sur un vampire présente "La chambre dans la Tour", "Mrs Amworth" ainsi que "Et nul oiseau ne chante". La nouvelle éponyme relate l'effroyable révélation d'un rêve prémonitoire qui le poursuit depuis quinze années tandis que le deuxième récit se déroule dans le paisible village de Maxley, Sussex. Le narrateur est l'un des habitants. Son voisin se consacre à l'étude des phénomènes étranges de la nature humaine. Une veuve d'un fonctionnaire des Indes vient s'installer : c'est Mrs Amworth. Tout le monde aime aussitôt sa sociabilité sauf Francis Urcombe, le voisin du narrateur. "Et nul oiseau ne chante" est un des vers de La Belle Dame sans merci de Keats. Chose curieuse, la créature qui hante le bois est nommée : "Cela" par un personnage. Comme quoi Stephen King s'en est peut-être inspiré ! Rien que pour ce court récit, ce livre doit être compulsé. Tous les textes sont narratifs et à la première personne. Cela donne de l'action à l'histoire. Les monstres du dehors est un chapitre ne comportant qu'un seul titre : "Negotium Perambulans...". A l'extrême pointe de la Cornouaille se trouve un village isolé de pêcheurs, Polearn. L'ambiance rappelle "Dagon" de notre cher Lovecraft mais, hélas, la chose ressemble beaucoup à celle du récit précédent ! On a souvent reproché la pauvreté thématique de Benson. Les monstres du dedans est la plus grosse partie (et la meilleure !) du recueil car on y trouve six récits... de qualités inégales. "Home sweet home" est une mélodie pianotée par le fantôme d'une femme assassinée. "Le sanctuaire" ne m'a guère convenu par contre. Je fus dans l'impossibilité de plonger dedans avec délice ! "Les chenilles" est sans doute le meilleur texte de Benson. Très court — il fait douze pages — c'est à nouveau une ghost story dont le cadre est la Villa Cascana en Italie... peuplée de maudites chenilles. "La maison du coin" est habitée par un couple dont un petit homme est terrifié par une femme monstrueuse lui bavant des injures continuellement.

Un des meilleurs récits de ce recueil. "Le visage" est une nouvelle banale et éculée tandis que "Les singes" rappelle le métier de Benson car le récit traite de malédictions égyptiennes, de momies et conclut, d'honorable manière, cette anthologie. Malgré des thèmes récurrents et des trames répétitives, Benson est néanmoins un auteur à découvrir pour parfaire sa culture de l'étrange. La prose est belle, les effets de scène sont de bonne facture ; ce qui rend un ensemble cohérent et plaisant à lire. De Benson, j'apprécie surtout les descriptions de lieux et les atmosphères climatiques. Le style "Jean Ray" n'est pas loin !

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